jeudi 19 mai 2011

I am a man





Guillaume regardait avec anxiété l'écran désespérément muet de son smartphone.

Il l'allumait, le tripotait et le rallumait encore à échéances régulières de quelques minutes, pour s'assurer qu'il n'avait pas de nouveau message.



Aucune nouvelle d'elle.

Pas un mot, pas même l'ombre de trois points en suspension dans son univers citadin.

Il ne voulait pas le savoir, après tout, si elle ne voulait pas rappeler, c'est qu'elle voguait sans doute déjà vers d'autres rivages.



De toute façon, il ne savait plus comment faire avec elles.







Entre deux lectures, j'avais atterri sur un article de cette jeune auteur, happée par l'actualité, à tort ou à raison, à son insu ou non.

Cela m'importait peu, et je me garderais bien de tirer toute conclusion facile et scabreuse de l'article en question ici, surtout vis-à-vis de quelqu'un qui a écrit dans Bordel, revue que j'ai eu l'occasion de feuilleter et qui a toute mon estime.



En revanche, la triste âme qui ressortait de certaines de ces lignes m'interpella.



Non que j'étais en désaccord total avec tout ce que disait ledit papier, mais je ne partageais pas la même acception de la féminisation de la gent masculine moderne.



"La dernière fois qu’un homme m’a accostée vulgairement et sans finesse dans la rue, le garçon qui m’accompagnait n’a pas bronché, « la violence ne sert à rien » m’a-t-il dit. Mon chien, lui, a montré les crocs. J’ai failli demander mon chien en mariage !"



La phrase m'a faite sourire.

Pour toutes ces fois où l'on se plaint de l'absence d'homme dans tout ce qu'ils peuvent avoir de protecteurs.

Mais protecteur ne veut pas dire belliqueux.

Le plus à propos est sans doute de maîtriser plus une saillie qu'une dague.

Qu'il ne réagisse aucunement, et je comprends la déception.

Qu'il réagisse violemment et je n'agréerai pas forcément à la façon de faire, bien que, soyons francs, un tel coup de sang est non seulement séduisant, mais flatteur.



Pour le reste, si je retrouvais certaines de nos doléances féminines dans le postulat de départ, je ne suivais plus.



L'auteur semble dans un premier temps s'agacer de ces hommes petite-maman.

Ils changent les couches, habillent leurs enfants pour l'école et sont incollables sur le dernier héros de dessin animé à la mode dans les cours de récréation.



Est-ce que cela leur retire leur masculinité pour autant?



Pas forcément.



Elle en serait même sublimée de cette protection de ce qu'ils peuvent avoir de plus sincère.



Et puis, les femmes ont toujours été attendries par les pères de famille attentionnés.



"Les familles pullulent de « Tanguy » qui squattent chez papa-maman avant de migrer directement chez mademoiselle, qu’ils transformeront en Madame sans nécessairement trouver bon d’apprendre à gagner leur vie entre-temps, après tout « ma femme a une bonne situation, et il faut bien quelqu’un pour garder les enfants »".



Nous ne devons pas connaître les mêmes Tanguy.



Qu'il y ait de grands garçons qui s'attardent chez Papa-Maman, oui.

De là à ce que tous ces mammoni partent directement vivre chez leur chère et tendre "sans nécessairement trouver bon d'apprendre à gagner leur vie entre temps", et l'on se restreint à une certaine couche sociale.



Car les autres, la vie, ils n'ont d'autre choix que de la gagner comme ils peuvent.



Et si s'attarder chez leurs parents peut se comprendre par un certain confort de vie, il est surtout le signe d'un marché immobilier décourageant pour les jeunes actifs.



Et le choix de rester père au foyer, un choix souvent plus économique qu'autre chose.



Rares sont ceux qui passent directement de l'état de grand garçon attardé à père au foyer par choix.

Rester au foyer est synonyme d'un minimum d'instinct paternel, qui saurait difficilement suivre un besoin d'être materné.



"C’était avant mai 68 et la libéralisation de la femme, en ce temps reculé, les hommes protégeaient les femmes qui acceptaient, en échange, un rôle bien à elle".



En voiture Simone, repars ta valise sous le bras avec tes 343.



"Un rôle bien à elle"...

Ces mots résonnaient dans ma tête.

Et pourtant je suis loin d'être une ultra-féministe. Bien loin même, plus proche d'un féminisme modéré, adapté à cet état de fait : l'homme est différent de la femme, et cela est bon.



Je ne sais pas ce qui relève de ce "rôle bien à nous".



Je sais en tout cas, ou plutôt je constate, qu'à chaque fois que j'entends "Les hommes n'existent plus", j'entends en face "si, nous sommes là, mais nous sommes perdus".



Perdus parce que nous allons trop vite pour eux.

Nous voulons tout et son contraire.

L'indépendance et la protection.

L'insouciance et Pâques aux tisons.



Quelque part, je vous comprends un peu.



Parce que je vous ai vus hésiter, tourner en rond, maugréer et revenir sur vos pas.

Parce que vous ne savez plus ce qui doit se dire, et ce qui ne se fait pas.



Alors vous n'osez plus.



Osez, osez roses et épines!



Nous le savons, nous ne vous facilitons pas toujours la tâche.



Quelques mots de trop et vous craignez de frôler la goujaterie.

Quelques mots en moins, et vous nous perdez déjà.



Alors invitez-nous, remisez au placard vos crèmes, rangez au fond d'un tiroir vos guides, vous ne savez plus comment vous comporter, alors débarassez-vous de votre "Séduction pour les Nuls" et soyez juste vous.





"Etre romantique à Paris, c'est signer un pacte avec le célibat", disait-il.



Que nenni.



On ne vous demande pas d'aller tuer un ours à mains nues.

De toute façon, ce serait contraire à la Convention de Washington, et ce n'est pas parce que l'on aime les mauvais garçons que l'on voudrait vous voir derrière les barreaux.



Soyez l'inconnu qui offre des fleurs, surprenez-nous, faites-nous rire, cela tient à tellement peu de choses parfois, car au fond, nous sommes des filles simples.



Ne restez plus dans votre coin, tétanisés de ce que nous pourrions penser.



Troublez les grandes adolescentes que nous sommes, vous savez le faire, ayez juste un peu plus confiance, on ne mord pas.



Partez couper du bois et jouer avec les enfants.

De toute façon, l'inverse serait contraire à la Convention de New York.



C'est peut-être pour tout cela que j'écris plus souvent au masculin qu'au féminin.



Parce que je vous ai vus douter, errer, pleurer parfois.



Mais aussi parce que je vous ai vus forts, volubiles, étonnants, bizarres, surréalistes.



Parce que vous nous faites sursauter le cœur et pleurer de rire.



Parce que vous pouvez être l'ours et l'agneau, le lion et le pinson.



Parce qu'un mot de vous et nous ne partagerons plus l'addition.



Un mot de vous et les Amazones que nous sommes redescendrons de leurs grands chevaux et n'aurons plus un regard pour les imbus étalons.



Parce que vous savez vous battre quand cela en vaut la peine, pour une femme, pour un gamin, pour une grande cause, pour un chagrin, pour une bière, pour un refrain, pour un tout, pour un rien.



Parce que lorsque vous arrêtez de faire vos têtes de cons, Hommes, nous vous aimons.



8 commentaires:

  1. Sublime!
    A la fois plein de tes saillies que je préfère, du meilleur didactisme à adresser à toute une génération et d'une inspiration toute rodagillienne comme annonçant un pendant masculin à ma chanson préférée du beau-frère de Julie d'Europe 1.
    Je t'ai ratée ce soir, nous picolions.
    Ne nous ratons pas ce week-end, je propose les Buttes samedi.

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  2. Une chanson réponse à Julien Clerc? J'y penserai :)
    En tout cas je préfère cela à une version d'Etre un homme voire Etre un homme 2010 qui ne m'inspirerait guère.

    Vivement que je devienne une Roda-Gillette alors.

    On tente les Buttes demain.

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  3. J'aime !!!
    Tu écris toujours aussi divinement, ma belle.
    Je t'embrasse !
    (et la future PE que je suis... se permet de dire "agneau" sans x... hum !)

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  4. Coquille corrigée ma Viv, la future "PE" a bien raison de souligner!

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  5. Rhaaaaaa mon commentaire a été perdu !!! (connexion a lâché au moment de la publication). Bon, et bien je dirais seulement que je n'aime pas trop les hommes "deuxième maman". Vive la testostérone ! ^^

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  6. Ah ça, pour la testostérone nous sommes bien d'accord, sus aux metrosexuels :)

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  7. Tombée sur tes écrits au fil des mes errances de blog en blog ...
    Un style fin, bien ciselé avec juste ce qu'il faut de piment...
    :)

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  8. Merci, j'espère que les autres te plairont autant alors :)

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