lundi 22 novembre 2010

GIVE PIZZ A CHANCE


Grün grün grün sind alle meine pizzas...

N'en déplaise à Jeanne Mas, pour être tendance aujourd'hui, il faut être vert.

Ainsi Marion Cotillard qui s'achète un petit bout de forêt amazonienne, parce que c'est tellement plus in que le pot de géraniums sur la fenêtre.

On est vert dans sa façon de se déplacer, de consommer, de se restaurer.

C'est le nouveau noir.

Et un constat s'impose : canard, olive, anis, pin, amande, pomme, absinthe, sauge, bouteille, le vert appelle le culinaire.

Si les restaurants bio sont en plein essor, peu d'enseignes de restauration rapide présentent une alternative satisfaisante.

En 2008, Marc Veyrat lance Cozna Vera, son fast food bio annécien.

Cojean, Exki ou Bert’s s’engouffrent dans la brèche.

Les fondateurs de GreenPizz brainstorment de leur côté sur un Grenelle de la pizza comme « projet de fin d'école ».

Peut-être au préalable avaient-il fait appel au spin doctor Jacques Attali, qui définit la pizza comme un plat universel, car se limitant à une base commune sur laquelle chacun peut « disposer, agencer et exprimer sa différence ».[1]

La pizza comme symbole de la "globalocalisation", mot-valise désignant l'adaptation du global au local, la mondialisation adaptée aux spécificités d'un pays.

Alors que le « repas gastronomique des français » vient d’entrer au patrimoine mondial de l’UNESCO, et le fooding de fêter ses dix ans, Greenpizz a su s’emparer de la pizza pour l’adapter aux us français, s’en démarquer pour créer une alternative saine et tricolore.

Et le constat est là, de la simple galette napée du boulanger napolitain, il ne reste plus grand chose.

Fraîchement sortis de l’ESCP-Europe, Philippe Lafon et Armel Jacquet auraient pu acheter un camion-pizza d’occasion sur leboncoin.fr et s’installer à la sortie de la station Grands Boulevards, après avoir embauché un cuisinier sans papier peinant à imiter un accent italien douteux.

Ils ont préféré prendre un virage à 180° (ce qui, sur une Quatre Fromages nous emmène non de Charybde en Scylla mais de chèvre en gorgonzola).

Ils ont ainsi fait appel à Alexandre Giesbert, jeune major de l'ESCF – Ferrandi ayant fait ses armes auprès d’étoilés de renom (Pierre Gagnaire, Eric Briffard ou encore le bistronome Christian Etchebest).

Ni une ni deux, le trio lance la "Pizz".

Car il faut être précis sur le produit, on vous servira des "pizz" et non des pizzas.

Première différence : les pizz’ sont ovales.

Je ne pus m’empêcher de m’interroger sur cette audace ovoïdesque. Hommage à l’imaginaire rugbystique ? Lubie d’un designer parisien inspiré par l’esthétique 70’s ? Manque de moyens pour s’acheter des assiettes et obligation de faire rentrer la pizza sur une ardoise ?

Investigatrice chevronnée, je questionnai Alexandre sur ce point.

« J't'en pose des questions... Ben elles sont pas rondes parce que ce sont pas des pizzas ».

Forcément, à question idiote réponse simple.

Mais il ne s’agit pas là que d’une question de forme.

De la farine semi complète à base de blé, de son et d’épeautre, à la place de la farine de blé, des sauces mijotées et colorées, de bons ingrédients frais et bien de chez nous.

Ensuite, chez GreenPizz, au-delà de la cuisine, le développement durable est partout.

Les emballages sont en matériaux biodégradables.

Les scooters sont électriques.

Le tri est sélectif (jusque dans la clientèle, vous diront Philippe et Armel).

Le midi s'y pressent les cadres pressés, lassés de Cojean et Kayser.

Le soir s'y retrouvent couples et amis.

Car quand on va chez GreenPizz, on est comme chez de vieilles connaissances aux petits soins pour vous, qui partageront à l'occasion un verre de vin bio une fois leur service terminé. Vous y retrouverez en salle Armel, l'oignon Nouveaux, le doux, le serein ; Philippe, le Piment, ardent et passionné ; et en cuisine, l'Artishow , Alexandre le Grand, l'ours grognard et virtuose, conquérant prometteur de l’audace culinaire, peintre en saveurs fines et fraîches.

En outre, il n'y a pas lieu de culpabiliser.

Remplacer la sacro-sainte salade par un passage chez GreenPizz n'est pas plus dommageable pour la ligne.

Vous y trouverez des Pizz 20 à 40% moins caloriques que des pizzas classiques, riches en fibres.

Et puis si vous tenez vraiment à votre salade, des salades, il y en a aussi.

Le succès est donc au rendez-vous, et les people ne s'y trompent pas.

On a ainsi pu voir à la table de GreenPizz, entre autres le bobo Arthur H ou l'ultra-tendance djette Tania Bruna-Rosso.

Et puis, qu’on se le dise, l’enseigne bénéficie de la bénédiction de Gilles Pudlowski et depuis récemment du Gault et Millau, excusez du peu.

Les choix d'Astrée?

La Fourmidable, pour la douceur de ses figues. Et puis, c'est Martin Piot qui le dit, “Le nouveau vert, c'est le bleu”, alors vive la fourme d'ambert.

L'Euskadi, basque et caractérielle.

La All Green, parce qu'elle est toute verte, et que c'est rudement joli.

La Boréale, parce qu'au saumon, elle pourrait devenir votre préférée.

La Chevrotine, parce que chèvre miel et pignons de pins c'est un peu Daudet qui nous est conté.

La Rasta Roquette, pour sa mozza et euh… sa roquette.

N'ayez crainte, si vous avez peur de l'innovation, vous retrouverez toujours la Tante Marguerite, aux couleurs de l'Italie, la Reine d'un Jour ou encore une adaptation maison de la Pissaladière.

De jolies douceurs vous attendront enfin tels que les tendres cookies (j’en suis fan), la pana cotta vanillée ou le savoureux crémeux au chocolat.

Alors à votre prochain passage dans le 9ème, passez par la rue Cadet, voir si la Pizz est plus verte dans le Potager des garçons d'à côté.

Vous tomberez alors peut-être pizz & love, car dixit Aldo, "l'amour c'est comme une pizza".


[1] Fraternités – une nouvelle utopie, Jacques Attali, Fayard



GREENPIZZ

8, rue Cadet 75009 PARIS

M° Grands Boulevards, Le Peletier ou Cadet

Livraison dans un rayon d'1 km.

http://www.greenpizz.com




dimanche 17 octobre 2010

Fondant en sol majeur






"Un osso buco du marquis pour la 12"!


En cuisine, commis et serveurs se pressaient dans un ballet continu et intense. Une ruche dont les ouvriers parvenaient à s'affairer avec une rapidité extrême sans jamais se marcher sur les pieds.




Guilhem y travaillait depuis cinq ans.


Cinq ans de réveil qui sonne à six heures du matin. Cinq ans de semaines de six jours. Cinq ans de cartes qui changent au gré des saisons. Cinq ans de ris de veau au poivre de Kampot et d'émulsion de gelée royale aux noix de Madagascar.






Claudine venait ici depuis des années. Elle aimait y retrouver sa table, chaque jeudi midi.




Guilhem connaissait parfaitement ses goûts, la cuisson de viande qui lui seyait, les saveurs qu'elle préférait, et prenait garde à traiter personnellement ses commandes.




Ils ne se parlaient pas vraiment pour autant. Claudine n'était pas quelqu'un qui avait besoin de parler. Elle venait, prenait son repas, et repartait. De temps à autres ils échangeaient quelques mots. Cela convenait parfaitement à Guilhem.






Un jour, Claudine vint avec une jeune fille. Le serveur s'avança vers elle.

- Vous venez accompagnée aujourd'hui Madame de Feuzieres?

- Je vous présente ma petite fille, Emilia. Je me suis dit qu'il était temps que je lui fasse comprendre ce que haute gastronomie voulait dire.

- C'est tout à votre honneur, Madame.



Emilia était suffisamment bien élevée pour ne pas prendre un air exaspéré lorsque son aieulle lui donnait l'impression de la traiter comme une enfant. Elle n'en pensait pas moins pour autant.




Le serveur les plaça à la table habituelle de Claudine.

- Il est temps que tu apprennes à manger correctement ma petite fille. Tu ne te nourris pas comme il faut.

- Mais si grand-mère...




Emilia n'avait au demeurant rien contre les restaurants. Elle avait pris l'habitude d'y aller assez souvent. Les japonais du quartier étaient devenus ses cantines du midi, la brasserie de la rue Saumur ce qui restait du droit de visite de son père. Le soir elle se faisait des plateaux télé, ou sortait avec ses amis. Quant à sa Claudine, elle n'était pas de ces grand mères qui accueillent ravies leurs petits enfants en vacances. Elle aimait les recevoir certes, mais non s'en occuper. Elle considérait qu'elle n'était pas là pour pallier l'absence de leurs parents. Et puis, avec la fondation de son mari, elle avait autre chose à faire à présent.




- Est-ce que tu as enfin décidé de ce que tu comptais faire?

- Mais je fais quelque chose, je suis à la fac...

- Lettres modernes, tu comptes faire quoi avec cela? Ce n'est pas avec des livres que l'on maintient un navire à flot!

- Tu as étudié la philosophie il me semble pourtant.

- Certes, mais je fréquentais déjà ton grand-père, mon avenir était assuré. Aujourd'hui les femmes ne peuvent compter que sur elle-mêmes.




Pendant une bonne partie du repas, Claudine fit à Emilia l'un de ses discours sur le rôle de la femme dans les sociétés modernes. Alors qu'elle avait vécu la plus grande partie de sa vie exclusivement grâce aux revenus de son mari, elle mettait aujourd'hui un point d'honneur à promouvoir l'accomplissement personnel de ses petites-filles.




A la fin du repas, elle rappela le serveur après qu'elle avait réglé l'addition.



- Pourriez-vous demander à Guilhem de venir s'il vous plait?

- Je vais voir si cela est possible Madame.




Quelques minutes plus tard arriva Guilhem.

- Madame.

- Bonjour Guilhem, comment vous portez-vous?

- Bien, c'est un peu le feu là, mais ça tourne bien.

- Guilhem, je vous presente ma petite fille Emilia. Je voulais savoir si vous pouviez la prendre à l'essai en cuisine.

- Comment? répondit, surprise, Emilia.

- Ne m'interrompts pas ma chérie.

Guilhem regarda Claudine d'un air interdit.

- C'est à dire que je ne vois pas trop ce que je pourrais lui faire faire...

- Vous trouverez bien.


Claudine n'était pas de ces clientes qui ennuyait Guilhem par des caprices alambiqués tels qu'obtenir un gratin dauphinois sans pommes de terre et sans crème fraîche pour garder la ligne. Aussi, pour une fois qu'elle sollicitait de lui une faveur, il ne pouvait décemment pas la refuser.


- Commis de cuisine c'est un métier, et puis c'est un travail intense, je ne sais pas si...

- C'est entendu. Dois-je vous rappeler sans notre fondation vous seriez à la rue? Que c'est elle qui vous a offert une résonance médiatique telle, que vous êtes aujourd'hui dans les petits papiers de Simon et Pudlowski?

- Non madame.

- Bien, elle commence lundi.

- Et je n'ai pas mon mot à dire?

- Non. Ça te fera le plus grand bien de découvrir ce que veut dire le mot travail. Ton grand-père disait toujours, "pour apprécier le goût du caviar, il faut avoir mangé de la merde".

- Je vous remercie pour la merde s'indigna Guilhem.

- Vous avez très bien compris ce que je voulais dire mon petit Guilhem.




Guilhem n'appréciait pas d'être ainsi pris dans un étau.


Il était vrai que Madame de Feuzieres étant l'actionnaire principale de l'établissement, il aurait eu du mal à refuser une quelconque faveur à son égard. Mais il ne se sentait guère l'âme d'un moniteur et n'avait pas l'intention d'être le précepteur culinaire d'Emilia la journée durant.





Le lundi suivant, Emilia se présenta au restaurant.


Elle n'avait pas encore recommencé les cours, et se disait que si après deux jours, elle revenait parfaitement convaincue que le monde de la restauration ne lui convenait pas, sa grand-mère la laisserait en paix, pourvu qu'elle ait essayé et qu'elle se soit montrée volontaire.




Mais Claudine connaissait bien sa petite fille, et savait qu'une fois lancée, elle n'abandonnerait pas, car elle ne capitulait jamais devant quelque chose qu'elle avait commencé à entreprendre.




Le lundi qui suivait, Guilhem plaça Emilia à la plonge, et demanda à l'un des commis de s'occuper d'elle.


Au fond Emilia était une travailleuse, même si elle ne cacha pas son manque d'intérêt pour cette tache ingrate.


Le lendemain soir, alors qu'ils s'étaient ignorés deux jours durant, elle s'adressa enfin à Guilhem.


- Vous comptez me bizuter encore longtemps?

- De quel bizutage tu parles?

- Je suis censée faire un stage en cuisine, pas en Paic Citron.

- La cuisine commence et finit par du Paic citron.

- ...

- Ecoute, j'ai pas demandé à t'avoir ici moi.

- Oui mais maintenant je suis là, donc apprenez-moi quelque chose.

Guilhem la regarda, semblant maugréer quelques secondes.

- Bon. Tu sais faire des œufs Bénédictine?

- Des quoi?

- Bon sang mais à quoi cela te sert d'aller manger dans les meilleurs restaurants si tu ne sais pas faire la différence entre une belle de Boskoop et une Gala?

- Mais de quoi vous parlez?

- Ca va être long...







Guilhem l'affecta dans un premier temps à la préparation des entremets. Il devait reconnaitre que la petite mettait de la volonté à apprendre.




De loin, il l'observait suivre avec attention les consignes données par l'un des chefs de partie, scruter avec attention la quantité d'ingrédients nécessaires, mélanger consciencieusement l'appareil, déposer avec délicatesse les décorations dans les assiettes.




- Alors, comment cela se passe-t-il?

- Bien, je crois...

- Remue plus doucement, comme si tu berçais la pâte.

- Pourquoi, cela créée une réaction chimique particulière si je vais plus vite?

- Non, tu vas en mettre partout à côté, c'est tout.




Les jours passaient et Emilia semblait prendre goût à ce stage forcé.





Un après-midi, elle s'approcha de la table de Guilhem. Personne ne le dérangeait quand il déjeunait. C'était une convention tacite. Il mangeait seul, sans lecture, mais en musique.




Ce n'était pas par misanthropie, simplement parce qu'il s'agissait du seul moment où il pouvait avoir enfin un peu répit entre le bruit et le labeur.



Il n'avait rien contre ses semblables, mais il les préférait en salle, loin de son domaine.

A l'occasion il venait parler à certains d'entre eux, puis retournait dans sa tanière.




Quand aux femmes, elles n'étaient plus sa priorité.



Déjà, lorsque quelques années plus tôt il collectionnait les conquêtes et faisait régulièrement la tournée des grands ducs, elles ne faisaient que passer, comme des poissons frétillants dans les paluches d'un ours.



Non pas qu'il s'en désintéressât totalement, loin de là, mais il n'avait plus le temps pour cela. Il n'était pour autant jamais indifferent au passage d'un joli minois en salle, quand il avait le temps de sortir le museau de ses fourneaux. Il laissait venir.




Sans qu'il ne sache vraiment pourquoi, la petite le touchait. Alors quand s'avança versa sa table, craignant qu'il n'aboie tel un chien que l'on approcherait trop, il ne dit rien. Il continua à manger en silence. C'était un taiseux. Il aimait écrire, composer des tableaux de couleurs et de saveurs dans ses assiettes, mais était un piètre causeur. Quand il ne trouvait rien à dire, il préférait se taire, tout simplement. Meubler une conversation, c'était aussi superflu que noyer un poisson dans une sauce au beurre blanc.




- Ça a l'air bon? C'est quoi?

- Du pot au feu des familles...

- Ha? Ca ressemble à ça?

- Mais non. C'est de la carbonnade.

- Aaah...

- T'as jamais vu un pot au feu de ta vie toi?

- Je ne crois pas... Ce n'est pas le genre de choses que l'on mangeait...

- Comment veux-tu que je t'apprenne des compositions sophistiquées si tu ne comprends pas l'essentiel, si on ne t'a pas éduquée aux basiques?

Bon demain, tu viens faire le marché avec moi. On va commencer par le commencement.





Et il l'emmena sur le marché, caresser le persil, sentir les melons, découvrir panais, tétragorne cornue et autres légumes dont elles ne suspectait pas l'existence. Humer le rouge des cerises et l'orangé doux des melons que l'on pouvait deviner à travers leur carapace verte. Choisir tellines et pangas. Entendre la clameur populaire, les exhortations des commerçants.




- La cuisine, c'est une musique. Tu dois trouver quelles couleurs tu veux donner à ta composition, quelle tonalité tu veux apporter au palais. Oublie tes livres de recettes, laisse parler ton intuition, ton toucher, ta vue, écoute l'eau frémir, regarde tes oignons dorer. Un plat réussi doit satisfaire tous tes sens, et quand tu portes la fourchette à ta bouche, tu dois pouvoir entendre tous les instruments qui ont joué, admirer un tableau qui te touchera, car tu en auras observé tous les contours, toutes les nuances. Tu dois tendre vers la perfection en sachant que tu ne pourras jamais l'atteindre.

- C'est quoi pour toi la perfection?

- Elle n'existe pas, et c'est heureux car alors je n'aurais plus qu'à rendre mon tablier. Mais je peux te dire que la seule chose dont je ne parviendrai jamais à me rapprocher avec satisfaction c'est la tarte de ma grand-mère.

- C'est tout? Ca doit être simple pourtant...

- C'est simple. Mais il ne suffit pas de suivre un modus operandi. Elle avait le goût des pommes du jardin, de la confiture renfermée dans des bocaux Le Parfait, du beurre de baratte, de ses mains qui pétrissaient l'appareil en un boule parfaite. Tu pourras aller dans les plus grands restaurants, si tu ne retrouves pas ce goût du simple, de l'élémentaire, tu auras perdu l'essentiel de ce qui fait la cuisine.

- Pourquoi tu n'ouvres pas ton propre restaurant? Loin des grands mariages de riches familles libanaises et cocktails organisés par je ne sais quel aviation club?

- J'y reviendrai, un jour...

- Pourquoi un jour? Qu'est-ce que tu attends?

- Je ne sais pas, à force de fréquenter ce type de clientèle j'ai peut-être perdu ma foi gastronomique, l'envie de défendre une école du goût propre à ce que je suis.

- Il n'est pas trop tard.

- Qu'est-ce que tu sais du haut de tes vingt ans et des poussières? Ca t'a amusée pendant quelques jours de jouer les "Martine fait la cuisine", mais tu ne te rends pas compte du sacrifice que cela représente. La cuisine est une compagne exigeante. Il faut lui accorder toute ton attention. Si tu la délaisse un peu trop, elle s’affadira, se ternira, ne sera plus qu’un élément de ton paysage quotidien. Mais si tu prends soin d’elle, elle attisera ta curiosité, te séduira te chatouillera, t’embrassera, t’emportera, s’emparera de tous tes sens, te surprendra jour après jour, te donnera des moments de jouissance uniques. Elle peut être forte et sensuelle, tendre et rassurante, ou égrillarde et provocante. Tu crois l’avoir possédée mais te rends compte que jamais tu n’en feras le tour.

Emilia était quelque peu troublée par ces derniers propos.

- C'est vrai, je n'y connais pas grand chose, mais je sais que si tu ne le fais pas maintenant, tu ne le feras jamais. Et je sais aussi que tu m'as donné le goût des bistros aux menus du jour à 15€. Accessible. Simple. Savoureux.





Le stage toucha à sa fin quelques semaines plus tard. Claudine revînt prendre le thé au restaurant, Emilia sortit de la cuisine pour la rejoindre.

- Alors? Cela t'a plu?

- Beaucoup grand-mère. Souhaites-tu accompagner ton thé d'une pâtisserie?

- Aaaah j'ai oublié mes lunettes...

- Ce n'est pas grave, laisse parler ton intuition.

- Comment?

- Ose rester un peu dans le flou, tu seras plus facilement surprise.

- Je n'ai jamais rien entendu d'aussi stupide.

- Non, c'est un peu de poésie au moment du quatre-heures, c'est tout.

- Cela ne te réussit vraiment pas d'avoir la tête dans les livres toute la journée.

- J'ai commandé pour toi, tu me fais confiance?

- Ai-je vraiment le choix...




Une dizaine de minutes plus tard, la table était servie.

- On dirait un fondant aux agrumes non?

- Goûte, tu verras. Je l'ai préparé pour toi.

Claudine scruta l'assiette sous tous les angles. Elle faisait toujours cela, comme passer son doigt sur la commode d'Emilia pour voir s'il y avait de la poussière. Elle avait l'air surprise par la frugalité de la présentation. Finalement, elle prit une bouchée du gâteau. Pour une fois, elle semblait de rien avoir à dire. Pas un mot.

- Ca ne va pas grand-mère?

- Il a un goût... particulier...

- Celui de ton appartement du XVIIème peut-être?

- Oui... c'est bien toi qui a préparé cela?

- Oui. Mais avec une recette de maman, je l'ai trouvée à la maison. Elle m'a dit que c'était la seule chose que tu lui aies jamais appris à cuisiner.

Claudine sourit.

- C'est bon...




Guilhem sortit de cuisine.

- Alors Madame, ça vous a plu?

- C'était parfait Guilhem, comme toujours. Non mieux, c'était juste bon.

- Et bien vous pourrez le trouver à la carte de "Chez Guilhem", si vous m'autorisez à vous emprunter la recette naturellement, je l'ai baptisé "le fondant de Claudine".

- Vous nous quittez?

- Oui, je crois qu'il est temps pour moi de rendre mon tablier ici et retourner à ce que j'ai toujours voulu faire.

- Emilia, tu y es pour quelque chose?

- Emilia n'y est pour rien, ça faisait un moment que ça me trottait dans la tête, j'attendais juste le bon moment. Et puis je me suis rendu compte que comme ce ne serait jamais le bon moment, il était temps que je me lance. Mais elle viendra organiser des cafés littéraires le dimanche, je lui ai promis.








Un an plus tard, l'affaire tournait bien. La brasserie était placée à la frontière d'un quartier populaire et de la tour d'un quotidien national. Costumes-cravates et habitants du coin s'y retrouvaient à l'heure du déjeuner.


C'était la nouvelle cantine d'Emilia.




Un soir de janvier, il y eut salle comble pour la sortie du livre de Guilhem. Il ne s'agissait pas d'un énième livre de recettes arborant le faciès d'un jeune chef cathodique en couverture, mais d'un simple livre à la présentation sobre.




"Ma cuisine", par Guilhem Etcheverry.





"Pour apprécier le goût du caviar, il faut avoir mangé de la merde". Dans le texte, citation de Monsieur le papa de Charles L., le stagiaire le plus parfait du monde.


"Quand tu mets tes lunettes, tu te prends toute l'agressivité du monde dans la figure, alors que moi, je ne les porte jamais, le flou, c'est plus confortable, ça permet de fonctionner à l'intuition". Citation de Monsieur Alex G., chef pizzaiolo renommé.


mardi 17 août 2010

De inspiratores

Il existe une injustice musicale terrible.

Si les hommes ont toujours pu séduire par des mélopées romantiques, la réciproque n'a pas toujours été vraie pour les femmes.

C'est comme l'humour.
Statistiquement, et à handicap physique égal, Jack Black aura beaucoup plus de succès qu'Anne Roumanoff.
D'ailleurs, entre nous, je trouve énormément de charme à Jack Black.

L'image du troubadour qui joue de la mandoline sous le balcon de la jouvencelle a perduré jusqu'à aujourd'hui, incarnée par le jeune guitariste qui jouera Oasis en fin de soirée.

Prenez un garçon, mettez lui une guitare dans les mains, et il y aura toujours une palanquée de groupies pour fondre devant ses envolées.

Prenez une fille, mettez lui une guitare dans les mains, et vous trouverez une palanquée de groupies pour pleurer devant ses mélopées.
Les quelques représentants occasionnels de la gent masculine dans le public ne feront le plus souvent qu'accompagner leur petit(e) ami(e).

A ce que je sache, Sheila n'a pas séduit Ringo en lui chantant les Rois Mages en Galilée et le seul retour qu'ait eu Amy Winehouse sur ses chansons de la part de son mari furent des bleus et une lèvre inférieure ouverte.

Entre Bob Dylan et Joan Baez, Roch Voisine et Fabienne Thibault, Robbie Williams et Geri Halliwell, il n'y a qu'à faire le bilan de ceux qui ont le plus cueilli en backstage.


Prenez un homme à la voix cassée sculptée au J&B, et de Rod Steward à Joe Cocker, les femmes tomberont aussi vite que les condamnations desdits chanteurs pour détention de produits stupéfiants.

Prenez une femme à la voix cassée et vous aurez... Bonnie Tyler.



Cela étant, une remarque très maladroite d'un ami lors d'un concert que j'avais donné m'avait beaucoup faite rire.

- Et ben tu sais quoi Astrée, pendant quelques minutes, quand tu étais sur scène, je t'ai presque trouvé belle.

Tout était dans le presque.
Le connaissant, loin de me vexer, j'éclatai de rire.
Bien évidemment, il m'expliqua après que ce n'était pas pour autant que ce n'était pas le cas d'habitude, mais que là "à un moment particulier, dans une position particulière", j'avais l'air "particulièrement épanouie".

Oui j'ai des amis un peu bizarres.


Un illustre auteur-compositeur-interprête avait expliqué que même si un de ses albums ne marchait pas, si douze de ses titres avaient été chantés par douze femmes différentes, alors il avait été gratifié d'autant de disques d'or.

Les hommes composent pour séduire, et éventuellement, pour que leurs instruments pleurent à leur place.

Les femmes se placeront souvent a posteriori, quand elle savent que c'est déjà fini, ou que cela ne commencera jamais.




Notez, je ne me plains guère de mes sources, s'il n'y avait que des garçons faciles, je n'aurais rapidement plus rien à écrire.

J'aime la difficulté. Elle fait le challenge.
J'aime être déstabilisée, car cela démange.

Faites-moi remarquer que l'une des personnes présentes à un concert m'a trouvée très jolie, et a fait moult compliments enthousiastes sur notre playlist, j'en serai très contente.
Mais ne fondrai qu'au simple "c'était cool" des yeux bleus cachés derrière le bar. Allez comprendre.
C'est injuste pour les gentils pleins de bonnes intentions, nous sommes d'accord.
Mais nous n'avons jamais prétendu que les humains sonnaient juste, lorsqu'ils ne sonnaient pas creux.

La composition apparaît alors comme une façon de les posséder par écrit, ou tout du moins, d'en posséder un phantasme en ré mineur.

Est-ce là une atteinte à leur image?

Après tout, cela ne reste que l'expression de notre imagination débordante, et la chanson qu'un portrait impressionniste, un déjeuner sur l'herbe qui tourne en nymphéas esseulés.


Le seul point commun de tous ces personnages était qu'à un moment T ils m'avaient touchée, parfois le temps d'une minute, d'une soirée, ou plus durablement.
Vous me direz, ils n'ont jamais rien demandé.


Certains n'avaient jamais réapparu sur ma route, d'autres étaient devenus des amis, certains n'avaient jamais rien su, d'autres n'avaient rien voulu savoir, tout cela n'était pas bien grave.

Comme il était rare que mes amis apparaissent dans mes billets, il était plus que rare que mes conquêtes apparaissent dans mes chansons.
C'est chose logique, car là où commençait l'histoire s'arrêtait l'imagination.

Paul, Pierre, Martin et Camille avaient-ils un jour existé?
Ma rancœur à l'égard de celle qui avait monopolisé l'attention du comédien à l'origine de la complainte de la boîte de thon s'était évaporée aussi rapidement que les rides de Sheila ces dernières années, le too cute to be straight fait partie de mes meilleurs amis et je ne fermerai jamais la porte à qui voudrait une explication de texte.

Quelque part, j'espérais qu'ils me pardonneraient tous de leur avoir volé ces bribes de personnalité qui transparaissaient dans mes textes.

Il restera de tout cela deux minutes trente-cinq de bonheur musical, ou de souffrance auditive selon les goûts, qu'importe après tout.



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lundi 26 juillet 2010

Neighbourhood threat

Petite note qui traînait sur un coin du bureau depuis un peu plus d'un mois...

 
I love my neighbours, ça sonne un peu comme une série américaine qui passerait le samedi matin et qu'on regarderait le nez plongé dans notre bol de corn-flakes.


Le genre de séries qui mettrait en scène la vie d'une petite famille tout ce qu'il y a de plus normale, avec l'adolescente qui ne demande qu'à esquiver les avertissements de son père, et un petit frère un peu teigne mais attachant, qui termine toutes ses semaines en retenue et drague les copines de sa soeur.

Les I love my neighbours, c'est un peu ce genre de garnements.

Jérémy et William débarquent, un peu insolents, un peu affolants pour nous jouer leur petit tour de piste, tels deux petits minets beaux gosses, qui se pavanent sur la pelouse du lycée pour épater la galerie.

Sauf qu'en fait, les margoulins sont vraiment bons, parvenant à transmettre, par une simple session acoustique, l'énergie d'un live de baby rockeurs brit pas si baby, mécheux mais non moins talentueux.

A coup de David Ghetto et de voix haut perchées, ils se mettent en scène dos à dos, jouent les cabots des jardins publics, et terminent leur set en reprenant du Christophe Willem.

Au final, on a un peu l'impression de s'être posés à l'intercours de midi avec deux potes qui auraient le don d'exaspérer un prof de physique ne cessant de les reprendre pendant qu'ils tentent des expériences hasardeuses avec tout ce qui se trouve devant eux.

Mais la formule marche, elle est explose aux oreilles et au final, toute la classe en redemande.

A la fin, on serait bien partis faire un bowling avec eux avant de manger des pizzas retrouvées froides sur la moquette de leur chambre d'étudiant.


Neighbors, neighbors, neighbors
Have I got neighbors?
Have I got neighbors?
All day and all night
Neighbors
Have I got neighbors?
Ringing my doorbells
All day and all night
Ladies, have I got crazies?


I'd love those bloody neighbours.


http://www.myspace.com/thefuckinneighbours
Crédits photo : Claire Dori

lundi 19 juillet 2010

1, 2, 3, apple tree

"And then you're like, "David, it's like one, two, three"
as you're climbing barefoot on the apple tree".






Pomme de reinette et pomme d'api, faisons un brin de causette, laissez tomber vos applis.


Vient l'été et le temps des billets plus légers, sur les modèles de ces numéros spéciaux de magazines qui abandonnent les sujets de société traditionnels pour se tourner vers des thèmes plus insouciants et abordons, après les plagistes l’été dernier, une nouvelle catégorie masculine : les iBlokes.


Le 7-8 m'a accueillie il y a de cela quelques mois, me faisant hôte de ses journées versaillaises.
Versailles, son RER et ses touristes que je redirige soir et matin vers le Château, Notre Dame et la Tour Eiffel, et ses ingénieurs en informatique qui descendent à Issy Val de Seine.

Versailles et ses groupes électro.
Phœnix, Daft Punk, Air, la ville était plus tendance qu'il n’y pouvait paraître.

Versailles et son Apple store, qui y avait fait son nid il y a peu.


Et un constat qui s'impose : Apple avait en main une carte imparable pour appâter le chaland yvelinois : ses vendeurs.

Je me demandais si Apple avait crée une convention collective ad hoc, autorisant la discrimination positive à l’égard de ses employés en boutique aux fins qu’ils soient tous beaux, jeunes et fringants.


J'ai été élevée à la culture apple.
Non par boboïsation précoce, ou branchitude douteuse, mais parce que c'est comme ça.
J'en étais à l'époque assez fière, alors que la plupart des parents de mes camarades de classe avaient des PC avec des caractères blancs qui s'alignaient sur des écrans bleus, et des moniteurs ayant pour mascotte un crocodile.


Puis, à la fac, les pommes McIntosh ont commencé être de plus en plus présentes sur les tables des bibliothèques universitaires.

Alors qu'utiliser un mac était quelque chose d'assez alternatif, cela devenait mode, d’autant plus lorsque se sont faits jours les i-produits.


Apple misait sur le glamour et remontait la pente pour finalement exploser les ventes.

Apple ou la marque des geek beautiful people.


Assurément, Steve Jobs pouvait se vanter de savoir vendre sa marque.


Achetez un PC, et qui aurez-vous la chance d'avoir pour interlocuteur?


Un jeune commercial de chez Connexion, chemisette jaune et gilet vert, gourmette apparente et cheveux en brosse.

Achetez un mac à Versailles, et vous souriront deux vendeurs amènes aux costumes bien coupés.


Se faire faire un devis par le sosie de Jason Statham est moins difficile à avaler que par Roger Milleperthuit de chez GiFi.

Il est bien loin, le temps des geeks aux cheveux longs et tee-shirts informes!


Je me demandais s'il s'agissait d'une exception propre à la ville du Roi Soleil.


Alors que je passais dans le quartier du Louvre, je décidai de pousser le journalisme d'investigation jusqu'à l'Apple store du Carousel.


Mes mains pianotant le dernier-né de la gamme, auprès d'un client aux faux airs de Jake Gyllenhaal mode geek, je devais me rendre à l'évidence : Apple savait ménager sa clientèle féminine. Certes, l'équipe, un poil jeune, ne portait pas le costume mais des tee-shirts bleus. Cependant elle ressemblait à tout sauf à la promo 1994-1995 de l'IUT forces de vente informatique.


Après tout, la marque était devenue la reine du placement de produit, de Carrie Bradshaw à Wall-E en passant par la moitié des séries télévisées et autres productions américaines.

Etre Apple c’était être beau et cool.




De ce côté, je n’avais rien à reprocher à mes vendeurs aux allures de jeunes cadres dynamiques et plein d’avenir, qui apportaient un peu de charme aux vitrines versaillaises, plus enclines à séduire la sage mère de famille nombreuse que la jeune citadine.

L'un - appelons-le Armel - semble sorti tout droit d'une école de commerce parisienne, un peu jeunesse dorée qui aurait voyagé à travers le monde et fini par poser ses valises pour se trouver un "vrai travail" et répondre aux espérances familiales de réussite. Le genre gendre idéal et qui présente bien.

L'autre - appelons-le Karl, le Jason Statham lookalike (en plus gentil néanmoins, car Jason Statham, faut pas trop le chercher), yeux bleus et sourire faussement timide ravageur, que l'on verrait bien moniteur de planche à voile pour jeunes filles à qui on imposerait des vacances en famille, et qui dessineraient des petits coeurs dans leurs carnets intimes le soir venu.

C'est injuste, ça vous pousse à la consommation des gens comme ça.

Ce qui est formidable avec Google, c'est que l'on retrouve ces garçons aussi facilement que l'agenda de l'Elysée, quand on a dix minutes à perdre entre deux dossiers (Oui, à Versailles parfois, on s'ennuie un peu).

C'est un peu comme si, juste en tapant le prénom de votre fleuriste préférée, vous retrouviez instantanément les photos de sa dernière soirée.

Quelque part, cela ne vous intéresserait pas vraiment.

Elle doit rester la fleuriste, dont on veut imaginer la vie, mais non la découvrir.

Un peu comme ces boys band qui prétendaient tous être célibataires, ou Ricky Martin qui voulait nous faire croire qu'il aurait vraiment pu se faire Maria.

Tout cela, on ne veut pas le savoir.

Comme les hommes attendent de leur boulangère qu’elle soit douce et chaleureuse, et de leur fleuriste qu’elle soit fraîche comme la rosée, on attend d’un vendeur Apple qu’il ait un design impeccable, pour pouvoir le sortir fièrement auprès de ses amis, qu'il ait l'air en bonne santé et exempt de tout virus.

Les filles, à votre prochain passage à Versailles, si vous avez une once d'hésitation sur le fonctionnement de votre laptop, passez voir Karl et Armel, un joli sourire, c'est toujours bon à prendre pour la journée.

Et puis moi, si je peux me faire de nouveaux iPotes, ce sera toujours ça de pris.



One apple a day keeps gloomyness (and Microsoft) away.


dimanche 11 juillet 2010

Les fraises de la Fiancée










Enfin seule.


Assise en terrasse, faisant face à un fromager qui faisait recette en ce dimanche matin, elle appréciait cette chaise à présent vide à ses côtés.


Sa nuit s'envolait dans une dernière volute de fumée.


Tout ce qu'il en restait désormais, c'était un mégot nauséeux écrasé de ses doigts fins et parfaits dans un cendrier Pernot Ricard.


Il avait cru bon de lui faire une scène devant le café.

Elle trouvait cela d'un goût douteux, et surtout tellement surfait. Elle avait passé l'âge des drames. D'ailleurs, d'aussi loin qu'elle se souvienne, elle ne l'avait jamais eu. Elle ne comprenait pas ce besoin que tous avaient de vouloir chercher causes et circonstances à ce qui n'avait pas plus de logique que le chemin que prenait une goutte de pluie en tombant sur un toit.


"Désolée, je voulais t'aimer, j'ai essayé..."


Elle aurait aimé être romantique, mais ils ne lui en avaient pas laissé le temps.


Pourtant, les yeux absorbés par le tourbillon de crème de son café noisette, elle se voyait tourner, tourner encore dans une valse infinie, se laisser emporter par le courant.


En regardant au loin ce couple panier à la main, elle aussi rougissante que les tomates qu'il lui présentait, lui prévenant chevalier aux armoiries bio, Calixte se disait que cela ne lui déplairait pas.


Qu'un jour elle aussi respirerait des humeurs florales au petit matin.


Elle n'avait juste pas encore pu adouber le prétendant qui saurait être digne d'accompagner son caddie. Celui qui viendrait la convaincre d'acheter des fraises parce que si, c'est la saison, et que ce serait parfait pour achever le déjeuner dominical.


Cela faisait des années qu'elle n'avait pas mangé de fraises au dessert.

Pourtant, elle aimait cela quand elle était petite.

Mais aujourd'hui elles lui paraissaient un peu fades. Le goût de la ville peut-être.


Ces modèles de couples parfaits, sortant assortis le dimanche l'exaspéraient et lui faisaient envie.


Elle aussi, elle aurait aimé pouvoir se parer d'un précieux fiancé, coordonné à son éternel imperméable beige et à son regard un peu mystérieux, un peu mutin et intimidant à la fois, à peine effleuré par sa frange quidonnait juste ce qu'il fallait de gravité à ses yeux.


Elle incarnait le paradoxe de ces nouvelles filles, qui semblent parfois pécher par excès d'indépendance et de détachement, et osent à peine s'avouer qu'elles aussi cherchent leur parfaie épiphanie. Peut-être trop parfaite, de ces perfections qui n'existent pas.


Le romantisme de gare et ses mots trop faciles la déprimaient, trop accessibles, trop vendeurs. Elle voulait du Jane Austen, de l'amour courtois puis passionné, des déclarations au crépuscule au bord d'un lac.

Elle voulait une virilité élégante et assumée. Du victorien en plein Paris, du victorieux Pâris qui l'enlèverait à son quotidien.

Pas une de ces pâles copies au goût artificiel de masculinité, qui n'ont d'homme que l'étiquette de leur blouson mais rien de solide dans les talons.


Elle avait assez supporté de Münchhausen qui simulaient, de mal-aimés qui se cherchaient, d'artistes qui ne se trouveraient jamais, de reconversions avortées.


Elle voulait du solide pour pouvoir être portée à son tour.


A sa gauche, un client venait de renverser son café.

Il avait l'air maladroit. Il avait l'air de rien.


Elle n'avait même pas remarqué que quelques gouttes étaient tombées dans son cabas.


Confus, il avait prestement retiré l'accessoire pour le poser sur un tabouret, avant même qu'elle ne s'en rende compte.


C'était idiot, mais il avait un peu pris en main sa vie, pendant quelques secondes.


La rue sentait maintenant les fleuristes et les fruits d'été, les melons d'eaux et les azalées.


D'un seul coup, elle avait envie de partir faire le marché pour acheter des fraises pour le déjeuner, qu'elle saupoudrerait de sucre cristal.


http://www.deezer.com/fr/#music/la-fiancee

lundi 5 juillet 2010

Green Pizz', les That's All Folks et Gary font leur Bringue de la Musique!


Qui dit 21 juin dit fête de la musique, rues envahies de reprises plus ou moins heureuses de U2, groupes d'un jour et arrangements d'une nuit.

Un jour jour de juin, trois beaux garçons dans le vent ont eu l'idée d'allier l'écologie à l'agréable.

Ils auraient pu partir munis de leurs plus beaux sacs poubelles, pour ramasser les détritus dans les parcs et jardins de la capitale.

Mais, un 21 juin, c'était peine perdue.

Alors ils ont organisé une grande bringue de la musique bio.


Pouvait-on seulement être rock and bio?

Après tout, Keith Richards se plaît désormais à grimper aux cocotiers, et Sting a adopté Raoni, chef des Indiens Kayapos, comme best friend forever since 1980.

De Green Day en passant par Nick Cave et ses Bad Seeds, il y avait bien quelque chose à gratter du côté de Mère Nature qui pouvait faire rock'n roller la rue Cadet.

Et puis, les herbes aromatiques n'étaient-elles pas le terreau des plus grandes envolées psychédéliques de ces dernières années?

Alors que je me mettais en route pour le IXème arrondissement, mon cerveau se mutait en un Grenelle de la fête de la musique bio.

Nous aussi, nous devions dénoncer.

Pourquoi Bibifoc n'était-il jamais intervenu pour défendre Brigitte Bardot face aux accusations de Balkany?

Pourquoi nous a-t-on toujours dissimulé la vérité sur la gémellité de Hulk avec Géant Vert?

Trop de choses nous étaient cachées, aussi nous nous lancions ce grand concert caritatif, alliant Green Pizz (dont aucun des associés n'a été harponné avant la fin de la soirée, nous pouvons en certifier), les That's All Folks et Gary.

Quelques red hot chili peppers, des concombres masqués, un peu de rasta rockette, le tout sur un lit de folk et d'amplis qui montent jusqu'à 11, et le tour était joué.


Et puis, cerise sur le gâteau, ou plutôt mozza sur la pizza, après avoir bien chanté, j'ai pu personnellement me rassasier d'une All Green. L'évidence était là, next year, let's stay together!


Merci une nouvelle fois aux fringants Philippe, Armel et Alex de nous avoir accueillis, à Nico le joueur de flûte de Hammelin d'avoir pris plein de très chouettes photos et à Léa de nous avoir rejoint sur scène.











Crédits photo : nicknolt sur flickr
Le reste des photos de la soirée est consultable sur flickr.