vendredi 30 octobre 2009

"Heureux soient les fêlés, car ils laissent passer la lumière..." - II. Paris, Pont de Bir Hakeim

J'humais avec délice l'odeur des cheminées.
J'avais toujours aimé ce fumet, qui me rappelait mes vacances hivernales chez ma Grand-Mère, que je croyais à l'époque représentatives de la vie en ville, bien qu'il n'eût s'agit que d'une petite cité du Finistère et non d'une capitale régionale.


Je traversais ce pont qui avait été tant de fois filmé et que l'on conseillait dans tous les guides touristiques.
Je ne me lassais pas de ces petites minutes quotidiennes en dessous du métro, au-dessus de la Seine et un peu en dehors du temps, qui me donnaient l’impression d’être l’héroïne du dernier Klapisch, mes bottines foulant ce sol que tant de comédiens avaient déjà foulé. J’en voyais des tournages de longs, de courts, de moyens, du Dernier Tango au dernier Di Caprio, des projos installés entre les grands colonnes métalliques, des faux couples qui singeaient un amour romantique les cheveux au vent face à l’onde, mais aussi des vrais couples de mariés nippons en plein atelier photo.


Paris, ville des amoureux.
Il faut reconnaître que mon appartement, tant exigu soit-il, est propice à un certain romantisme bohémien - ce n'est pas mon ancien voisin tailleur de plumes qui me contredira. Après un ascenseur si réduit qu'il semble être un appel au quickie bestial et un dédale de couloirs balzaciens, c'est une vue imprenable qui s'offre au regard. Et un lit une place. On ne peut pas tout avoir. Quant à Roméo, il serait bien en peine de hurler de la rue à mon balcon sans prendre un mégaphone et se faire interpeller au passage pour tapage nocturne.


J'affectionnais les dîners organisés avec les moyens du bord.
Cette chambre en avait reçu des confidences de la part de mes hôtes.
Des timides, des coquines, des sérieuses, des légères, des graves.


Face à moi, Geoffroy étalait sa petite liste, chiffée d'avoir été trimbalée dans sa besace pendant plusieurs jours et ressortie à chaque fois qu'il lui venait une nouvelle idée.
"Ne pas être agressif avec loulou quand il rentre tard."
"Accepter le fait de ne rien prévoir et d'attendre sagement qu'il m'appelle."
"Rester calme quand il me dit qu'il a encore des choses a faire."
"Ne pas lui demander quelles sont ces choses qu'il doit absolument faire et qui ne peuvent pas attendre."
"ne pas dire tout ce que je pense, au moment ou je le pense."

Et tant d'autres réflexions et réparties écrites à l'avance, en prévision d'une prochaine dispute.
Car Geoffroy était comme cela, il faisait partie de ces gens qui pouvaient générer une querelle de trois quart d'heures sur un sujet mineur.
Il le savait, il n'était pas toujours facile à vivre, mais après tout il n'y avait pas tromperie sur la marchandise. Derrière ses affirmations de jeune homme déçu de ses amours antérieures, on décelait parfois les caprices d'un gosse qui recherchait ni plus ni moins que quelques démonstrations d'affection supplémentaires.
Il était comme ça Geoffroy, entier, et voulait boire la passion de l'hallali à la lie.


Tout comme Agnès, qui avait occupé ce siège un soir plus tôt.
Elle vociférait souvent Agnès, de cette voix nicotinée qui était sa marque de fabrique, cette voix brouillardeuse et suave qui pouvait se briser en un éclat d'énergie. Car derrière cette force apparente, cette imposante personnalité qui théatralisait la moindre de ses péripéties, il n'y avait qu'un de ces châteaux de cartes d'Espagne, qui ne demandent qu'a s'écrouler au moindre doute, dès que les rêves s'évanouissent. Elle était comme ça Agnès, oscillant entre "une journée chez ma mère" et une héroïne d'Helen Fielding.


C'était encore elle qui, quelques jours plus tôt, pleurait le silence de "Jimmy le vitrier".
"Jimmy le vitrier". On l'avait appelé comme cela car ils avaient convenu de se voir après un simple démarchage téléphonique.


D'habitude elle les rabrouait rapidement les VRP de carpettes, les revendeurs de forfait week-end et autres commerçants pour ménagères de moins de cinquante ans. Le genre d'appel qu'elle expédiait classiquement en trente secondes chrono. "Non je ne suis pas intéressée".
Mais là, elle s'était laissée allée à discuter avec son interlocuteur qui, pour une fois, ne travaillait pas sur une plateforme d'appel en Tunisie.
Il s'appelait Christian Lepage, ou quelque chose d'approchant. Mais quelques minutes plus tard, il lui avoua s'appeler Jimmy. Jimmy le vitrier, comme nous l'avions surnommé rapidement. Cela m'avait beaucoup fait rire, ce nom d'emprunt donné pour se présenter à la ménagère. Un peu comme Bertrand Malet, de Nexx assurances. Un de ces noms que l'on retrouve dans les séries policières françaises : Marc Verdier, police scientifique. Diane Dumont, juge et femme. Christian Lepage, conseiller en double-vitrage.


Cela donnait à la scène un petit côte desperate housewife excitée a l'idée de rencontrer un "hot" liner qu'elle fantasmait. L'histoire s'arrêta rapidement, après un ou deux coups de fil, le rendez-vous n'eut jamais lieu. Et la pauvre Agnès fut fort marrie de ne jamais avoir croisé le verre avec Jimmy le vitrier.


L'étoffe de ceux qui m'entouraient était tissée pour beaucoup de ces doux dingues dont je peinais à me passer.


Qu'ils soient femmes au bord de la crise de nerf, au secours j'ai 30 ans ou péril jeunes. J'aimais ces failles qu'ils transformaient en éclats de vie.
Ils auraient pu composer les personnages d’un film chorale de David Curtis avec leurs anxiétés, leurs normopathies, leurs quête inébranlable de l’amour avec un grand A, leurs jugements désabusés et leurs pathos assumé.

Qu’ils soient nomades des paddocks, grands ours benêts aux cœur tendre, flambeurs de toquades, râleuses impénétrables ou ingénues au palpitant gaufrette.


Combien d'entre eux s'étaient assis là, dans ce petit espace confiné et propices aux confidences enamourées. Un peu tous barges, à leur façon, comme on peut l'être dans ce genre de situation.

Le week-end dernier, je rencontrais, lors d'une soirée chez un ami, le sosie parfait d'un garçon qui m'avait beaucoup plus il y a de cela quelques années, et que je n'avais jamais revu.

Même voix, même logorrhée nerveuse, même carrure.
A tel point que je manquais de l’interroger sur l’existence ignorée d’un frère jumeau.

Mais au bout de deux phrases, c’était une personnalité antagoniste que j’avais face à moi, qui tentait une approche sur un :
« Et sinon, tu mets souvent des longs colliers comme ça ? »
Qui sauta sur l’occasion de partir en même temps que moi, pour m’interroger à la façon d’un examinateur de concours :
- Et sinon il paraît que tu fais de la musique ?
- Oui oui, comme ça…
- Tu as un groupe alors ?
- Oui je…
- Cool quel genre ?
- Euh plutôt folk acoustique, et …
- Et sinon tu aimes Bach ?
- Euh oui c’est…
- Cool quel morceau ?
- J…
- Je joue souvent Toccata et Fugue en Ré mineur ?
- Ha et sinon tu préfères plutôt le jazz ou le classique ?
- Non mais sinon je joue la lettre à Elise.
- [Bon ben on va tous les faire] et également le prélude de Bach j’imagine ?
- Oui
- Et la sonate au clair de lune
- Oui comment tu sais ?
- Je sais pas, intuition, il ne manquerait plus que la truite de Schubert et on sera bons.

Enfin tout cela se termina un peu en queue de poisson, moi un peu perturbée d’avoir eu l’impression de voir une ancien béguin réincarné en geek aux blagues incompréhensibles – après m’avoir vue interdite à la suite d’une blague relative au système DOS, il m’alluma quand même le PC pour m’expliquer le côté comique de ses propos – lui rentrant dans son métro.

J’aimais ces non-histoires qui le devenaient par la force du comique de situation.
J’aimais tous ces illuminés d’un soir ou d’une vie qui croisaient ma plume et mon imagination.

mardi 27 octobre 2009

"Heureux soient les fêlés, car ils laissent passer la lumière" - I : Versailles, Rive Gauche.


C'est par cette phrase d'Audiard, postée par l'un de mes contacts virtuels - et je l'en remercie de me l'avoir rappelée à l'esprit - que je m'installais devant mon ordinateur pour une nouvelle journée de labeur.


Après une brève recherche infructueuse pour tenter de retrouver l'origine de cette pensée, je me rendis compte que nombre de blogueurs la reprenaient plus ou moins à leur compte. 

Je ne ferai donc pas preuve aujourd'hui d'originalité et tomberai sans doute dans une chronique de zinc.

Mais qu'importe, un ancien billet d'une autre blogueuse - je reviendrai à elle dans le billet suivant - m'avait donné envie de semer quelques mots épars sur ce blog en déshérence, et cette citation m'était soudainement apparue comme le fil rouge que je recherchais pour mes prochains écrits vains.


Et me voilà rentrant du bureau, démarrant un billet au quart de tour dans le RER, avec les moyens du bord, un minuscule écran tactile qui tente de contenir mes pensées debordantes, comme ce petit carnet que je traîne toujours avec moi au fond de mon sac de fille jamais assez grand pour renfermer le fatras d'idées qui s'amoncellent dans mon esprit éparpillé. 


Je reprends donc le chemin de ce blog après avoir comme souvent joué les agence touristes, dernière chance au dernier moment quand le RER s'apprête à partir et que vous tentez de rejoindre Notre Dame, les Invalides ou la Tour Eiffel qui joue en ce moment les bandits manchots de ferraille, étincelants de diodes polychromes, lui donnant des faux airs - non déplaisants - de Foire du Trône.


Je dois avoir une tête avenante pour me retrouver si souvent à orienter les touristes perdus et aimanter les relous made in métro and RER.


RER dans lequel je rencontre tant d'insensés qu'ils pourraient remplir un blog à eux tout seuls.


Il n'y pas très longtemps, je renseignais une famille d'australiens sur la raison d'un stage découverte forcé et matinal en station de Chaville Vélizy. Quand je leur expliquai qu'un malheureux avait certainement dû se jeter sur les rails (voir article précédent, sur le suicide matinal et ferroviaire qui nous empêche d'aller travailler), l'une des têtes blondes m'interrompit :

- Mais, il n'est pas mort, n'est-ce pas?

Et mon cynisme habituel ne put que laisser place à un :

- Nooooon, bien sûr que non. Les secouristes font un travail formidable aujourd'hui. Ca devrait aller - ne pouvant m'empêcher de visualiser, dans le même temps, l'équipe chargée de ramasser les reste de ce pauvre désespéré éparpillé aux quatre coins de la voie ferrée.

Le père de la petite m'accorda un sourire soulagé et reconnaissant de lui éviter un bon millier de questions sur le chemin du retour commençant pour la plupart par "Mais pourquoi".


Nous rentrâmes donc dans la rame bondée de touristes étrangers, quand un filet d'insanités vînt heurter mes oreilles : 

"Aaaah la bonne espagnole... Elle aimait ça la salope." 

Je me retournai pour me retrouver face a une frêle quinqua made in Versailles, que l'on aurait facilement imaginée jouer dans des publicités Maman Gâteau. Par intermittence, elle assenait en boucle des paroles salaces les yeux fixés dans le vide avec un sourire étrange, mi-béat mi-pervers. Curieux personnage à mi-chemin entre Marielle Le Quesnoy et Linda Blair dans l'Exorciste. Je ne rapporterai pas ici le détail de ses propos, mais je puis préciser qu'il était fort heureux qu'aucun "bougnoul", "nègre a grosse bite" ou moine ayant fréquenté Sodome et Gomorrhe ne se trouvât dans ladite rame. 


On ne s'ennuie jamais dans les transports en commun.


Ainsi il y a deux semaines, ce jeune homme qui monta dans la rame uniquement parce qu'il me trouvait mignonne, "s'te plé". 

- Hey, j'étais sur le quai là, je te trouvais mignonne alors j'suis rentré.

- ... [Ouais moi aussi je fais ça quand je flashe sur un type, hop, je saute dans sa rame, son taxi ou son ferry].

- Tu vas où?

- [Dans ton...] Ben comme tout le monde ici [abruti] puisque tous les trains vont au même endroit.

- Et tu fais quoi dans la vie?

- A... Secrétaire... assistante... stagiaire... intermittente.

- Cool

La discussion à sens unique continua ainsi jusqu'à ma station Et comme il était entré pour me voir, il ressortit pour le même motif, tenant à me raccompagner à ma prétendue réunion d'assitantes secrétaires stagiaires. J'étais en bas de chez moi, et il était temps que je m'en débarrasse alors qu'il me précisait que ce n'était pas parce qu'il avait un canif qu'il était dangereux - ces procureurs décidément, quel manque de compréhension! Un petit détour pour le semer et j'étais enfin en sécurité dans mon hall. 


Le lendemain soir, deuxième candidat. Il s'installe face a moi et me regarde d'un air interrogatif avant de se lancer : 

- Pascale?

- Euh non...

- Vous etes sûre?...

- [Attendez je réfléchis...] Plutôt oui.

- Non parce que vous ressemblez terriblement à Pascale mon éditrice.

- Haaa. Ben oui mais non.

- Donc si je vous demande de corriger mon livre vous ne le ferez pas?

- Ben non puisque je ne suis toujours pas Pascale et que je ne suis toujours pas éditrice.

- Rah c'est emmerdant ça parce qu'il doit être corrigé et j'attends toujours.

- Ha. Peux rien faire pour vous.

Quelques inepties de présentation plus tard - il m'avait entre temps précisé avoir étudié le droit à Seattle (qu'il prononça Siaadlllllleee et non Siateul) nous en revenions à son ouvrage.

- Non parce que vous savez, mon bouquin doit être corrigé parce ça bon ben on est obligé, mais il est déjà extrêmement bon y a rien à changer.

- Je n'en doute pas. [Ce quadra devenait de plus en plus intéressant, malgré lui].

- Parce que bon après faut penser à l'adaptation pour les Etats-Unis, et puis à l'adaptation cinématographique.

- Normal. [Woody Allen bosse d'ailleurs sur l'adaptation de mon blog].

- Mon roman s'appelle attention... l'amour dans la folie, vous voyez le truc.

- Ha oui je vois bien. [L'amour. La folie. Jonathan. Jennyfer. Les justiciers milliardaires].

Non mais pas l'amour A la folie hein, ou l'amour DE la folie, l'amour DANS la folie.

- Oui oui, j'ai bien compris l'idée.


Un peu plus tard, il me félicitait de la profession que j'exerçais :

- Ben vous voyez, là j'ai envie de vous dire "Mazel Tov". C'est un truc de juif.

- [Merde, moi qui avait toujours cru que c'était du basque et que l'étoile de David en 4 par 3 autour de ton cou c'était un accessoire bling bling de caillera]. Ha, ben merci.

- Vous êtes mariée?

- ... hum oui

- Je sais bien que c'est pas vrai,  mais portez une fausse alliance, ça empêchera les types comme moi de poser ce genre de questions à des nanas comme vous.


Note pour plus tard. Porter une fausse alliance qu'il conviendra de retirer en hâte dans le cas où c'est moi qui voudrais jouer les relous du métro face à un beau jeune homme avenant. 

Je prendrai aussi mon canif. Au cas où.


dimanche 13 septembre 2009

Write me a song about mud, music and me, write me a song about this Glastonbury





Il est un festival où j'aimerais un jour traîner mes bottes.

Un festival qui sent bon les combats de boue, la gadoue et la terre jusqu'aux genoux.

Un festival qui sent bon la bière, la galère et les couchages sommaires.




Il naquit sous le nom de Pilton Festival un jour d'octobre 1970, dans la tête d'un fermier, Michael Eavis, au lendemain de la disparition de ce guitariste qui mettait le feu à ses guitares comme il avait mis le feu à Woodstock, .

L'entrée coûtait alors £1, et incluait l'accès au lait fermier à volonté.


Le festival se situait dans un mouvement de festivals gratuits, dont le plus connu en Grande Bretagne reste celui de l'Ile de Wight (mais si, la chanson "Wight is Wight" de Michel Delpech, ça vient de là, Dylan is Dylan, et viva Donovan!), qui rassembla en 1970 plus de monde que Woodstock, et accueillit, en vrac, The Who, Hendrix - dont ce fut, avec Woodstock, une des dernières apparitions, The Doors, The Moody Blues, Donovan donc, Leonard Cohen, Ten Years After et tant d'autres.

Vous n'avez rien prévu mi-juin 2010? Allez faire un tour au festival, Thom Yorke et ses amis y seront.


Revenons-en à Glasto.


En 1971, les festivités adoptèrent leur nom définitif : Glastonbury Festival, et se logèrent au solstice d'été.

Dans la lignée de son cousin de San Francisco, un film avait été dédié au Glastonbury Fair, ouvert à toutes formes d'expression de l'art. Il pouvait déjà se vanter de tête d'affiche telles que David Bowie ou Joan Baez.

Cette année vit la construction de la première Pyramid stage, à l'époque simple échafaudage, devenue la scène principale du festival.





L'année de 1978 vit un festival off se créer de lui même, alors qu'aucun événement officiel n'avait été programmé. Un groupe de voyageurs qui passait par là, aux hasards de leurs errances en provenance de Stonehenge, pensait trouver un nourriture spirituelle.

Un câble relié à une caravane suffit à créer un ersatz de festival.


Glastonbury, situé sur l'île d'Avalon, c'est une terre foulée de mythes et autres légendes.

Joseph d'Arimathie y aurait emmené Jésus encore adolescent, et y aurait ramené le Saint Graal.


Saint Graal qui aurait amené sur ses terres le Roi Arthur, prétenduement enterré sous l'abbaye, avec la Reine Guenièvre.

Légende savamment entretenue par les moines de l'abbaye, pour des raisons évidemment commerciales.



Facts and figures :


Pour la première édition, Michael Eavis construisit les toilettes lui-même.


Lily Allen, avait à peine cinq semaines la première fois qu'elle assista à un concert à Glasto.

Et à peine 8 ans, quand son père l'utilisa pour vendre du nitrite d'amyle (plus connu sous le nom de poppers) au festival.

"I was a cute baby, which brought in a few customers, I suppose", dit-elle plus tard.


Le groupe qui recueillit le public le plus important? Vous pensez à Oasis? Radiohead?

Non, ce fut les Levellers, en 1994.


En 1981, un procès pour meurtre fut suspendu, après que l'un des jurés ait été autorisé à se rendre au festival.


1987 fut l'année des voleurs de pantalons : des centaines de pantalons avaient été dérobés dans les tentes, afin d'en vider les poches, ce qui ne manqua pas de faire sourire Eavis le lendemain matin, quand il vit plusieurs centaines de spectateurs en slip.


En 2003, 400 000 pintes de bière et de cidre ont été vendus aux festivaliers.


2007 vit la plus grosse affluence de spectateurs : 177 500 billets furent vendus, soit la moitié de la population islandaise.


Michael Eavis fut cité dans le Times parmi les "most influential men", ce qui ne l'impressionna guère : il rappella en effet qu'il avait toujours des vaches à emmener paître.


Eavis tient à ses bovidés. Après qu'une l'un d'entre elle eût trépassé, ayant ingurgité un piquet de tente, il décida que les festivaliers ne pourraient utiliser que des piquets biodégradables.


Vaches, qui donneraient 300 à 400 litres de lait de plus pendant le festival. L'effet rock sans doute.




Le festival s'est régularisé à partir des années 80 - malgré le souhait de Eavis de laisser des intervalles de cinq ans entre chaque festival - pour laisser la terre se remettre de ses émotions. accueillant des performances restées dans les mémoires et les plus grands noms du rock et de la pop :

Jeff Buckley, Mc Cartney, Shirley Bassey, The Cure, Radiohead, feu Oasis, Björk, Bowie, les Arctic Monkeys, The Who, Muse, Franz Ferdinand, REM, Blondie, New Order, Elvis Costello, The Smiths, Bob Dylan, Blur, Joe Cocker, The Libertines...


Vous ne savez pas quoi faire en 2010?

Se murmurent, pour l'affiche de la prochaine édition, les noms de Sting, Radiohead, Muse, Bruce Springsteen, Dolly Parton, Greenday, Duran Duran, Coldplay et encore bien d'autres.


Alors, un conseil, n'oubliez pas vos bottes!







Et plutôt que de me lire, contentez-vous de regarder cette bande-annonce :






mercredi 9 septembre 2009

Aline in disguise with diamonds




Une fine cigarette entre les doigts, Aline regardait cette rue silencieuse, cette rue blottie dans ce quartier calme de Paris. Elle savait que cela faisait des années qu'elle aurait dû arrêter de fumer, mais une fois de temps en temps, elle avait besoin de ces petites minutes d'inconscience, pendant lesquelles elle pouvait fumer comme elle fumait à ses vingt ans, sans penser aux conséquences, sans voir dans l'âtre minuscule qui se profilait devant ses yeux ce slogan de mort qui s'affichait sur les paquets d'aujourd'hui.


Elle s'ennuyait de cette soirée qui n'en finissait pas. Arnaud, son grand dadet de fils venait de partir, et Anouk n'arriverait qu'après-demain avec ses filles.

Elle décida d'aller errer dans le grenier, pendant qu'Arthur lisait tranquillement dans la bibliothèque, embarqué par les réalisations de Louis Khan.

Elle se souvint qu'il restait quelques cartons de vinyles qu'elle n'avait pas encore descendus au salon. Dans l'un d'entre eux, y était entreposé un poster soigneusement plié, souvenir d'une jeunesse yéyé emblématique photographiée par Jean-Marie Périer.


Ses doigts galopaient sur la cote des pochettes en carton. De temps à autre elle s'arrêtait sur une, puis la passait, ou la retirait pour mettre le disque de côté.

Sonny and Cher, Procol Harum, les Beatles... Alors qu'elle avait entamé les 45 tours, son index s'arrêta sur une pochette noire et bleue. Y figurait un jeune homme aux cheveux ardescents qui bataillaient au dessus de ses yeux clairs et renfrognés. Elle eut comme un pincement au cœur quand le prénom du chanteur de mots bleus s'imprima sur sa rétine. Il lui rappelait qu'elle, la jeune pigiste politique devenue journaliste et écrivain avait un jour été une idéaliste des sentiments.


Aujourd'hui, il ne restait plus du couple Johnny/Sylvie que quelques clips qui avaient figé leur bonheur juvénile, la Cher des années 60 avait disparu sous des litres de botox, et Phil Spector croupissait en prison. Elle avait néanmoins gardé de ces années cette mèche qui la rendait presque inaccessible, qu'elle balayait négligemment et qui couvrait presque l'intégralité de son front, cette mèche qui avait assorti sa première robe Courrège.


Elle l'avait rencontré au cours d'une soirée chez des amis et l'avait tout de suite remarqué lorsqu'elle s'était avancée dans la foule. Alors qu'elle se présentait à un groupe de personnes avec qui elle avait démarré l'une de ces conversation que l'on hait tenir dès que l'on est un peu fatigué et que l'on ne trouve pas le courage de se socialiser, il s'était rapproché pour la saluer. Une connivence immédiate et étrange s'était alors créée entre eux. Elle se déplaça vers la fenêtre pour aller fumer, il la suivit. La conversation qui s'en suivit lui sembla avoir duré plusieurs heures. Ils se détournaient parfois vers d'autres visages, mais revenaient toujours à cette fenêtre. Alors qu'elle lui proposait une énième cigarette, il lui fit remarquer : "Tu nuis gravement à la santé, tu sais ça?". Elle créait également une forte dépendance, mais elle ne le découvrirait que bien plus tard.


Il portait, avec l'un de ses amis présent ce soir là, cette fraîcheur à la fois triomphante et humble, irrévérencieuse et polie de la jeunesse des années 60. Cette jeunesse qui portait des pantalons bien coupés, des chemises impeccables d'où ressortait une pointe de dandisme en rébellion modérée, et des cheveux qui ne semblaient obéir à aucun ordre que celui d'esprits insouciants.


Poliment, il lui avait demandé ses coordonnées quand elle avait quitté la soirée, tenue par d'autres obligations sociales. Son pouls s'accéléra lorsque leurs joues se frôlèrent.

Pourquoi n'était-elle pas rentrée avec lui ce soir là? Elle ne le savait pas. Peut-être parce qu'il était différent. Peut-être était-ce une erreur. Elle ne le saurait jamais.


Elle se souvînt de ce sourire idiot qui s'était figé sur son visage dans le taxi, les yeux perdus dans les gouttelettes de pluie qui couraient le long de la vitre.

Il avait allumé en elle un de ses feux qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps, et qu'elle avait rarement connu aussi vif pour une première rencontre.


Quelques jours plus tard, il ne l'avait pas rappelée.

Elle avait attendu un peu, puis n'y tenant plus, s'était dit que ces codes étaient dépassés. Qu'il était peut-être timide.

Alors elle prit les devants.

Ils échangèrent quelques propos, mais il ne se décidait toujours pas. Finalement elle lui proposa de se voir un soir, alors même qu'il s'apprêtait à le faire. Et, sans se concerter, ils s'accordèrent sur un film de série B un peu décalé. Idéal pour un premier rendez-vous romantique s'était-elle dit. Cela l'avait fait rire, elle n'aimait pas les codes.


Le soir venu, ils se retrouvèrent place Saint-Michel pour se retrouver autour d'une table avant de rejoindre un petit cinéma d'art et d'essai.

Une soirée simple. Une soirée parfaite. Quand il se quittèrent sur le quai, elle le regarda en silence pendant quelques secondes, ces quelques secondes où il aurait dû comprendre qu'il aurait fallu, qu'il fallait l'embrasser. Mais il ne fit rien et, presque gêné, s'engouffra dans la rame.


Un peu déçue, elle se s'était convaincue que c'était une bonne chose, que pour une fois elle s'entichait d'un garçon bien élevé, ce qui n'était pas dans ses habitudes.


Ils s'échangeaient beaucoup de lettres, mais sans que jamais il ne tente une phrase ambiguë, et sans qu'il se montre de nouveau.


Puis, il déclinait les invitations en tête à tête, se faisait absent. La situation était ubuesque, du jour au lendemain, il devenait froid et distant.

Elle sentait la situation lui échapper et le ciel se couvrir.


Un soir, de guerre lasse, elle accepta un dîner avec l'un de ses amis qu'elle n'avait croisé que rapidement. Heureusement pour elle, ils s'entendirent à la perfection, car deux heures plus tard, ils étaient toujours seuls. Il arriva finalement en fin de soirée, qui plus est, accompagné de quelqu'un dont elle se doutait qu'elle était ou avait été autre chose qu'une simple amie. Alors elle joua la carte de la politesse et de la diplomatie, jusqu'à ce que la nouvelle venue se risque à une réflexion voulue innocente et légère. Aline lui répondit violemment, installant quelques minutes d'ère glaciaire autour de la table. Elle se reprit rapidement. Après tout, elle n'avait rien contre cette jeune fille qui se trouvait juste là au mauvais moment, et avec la mauvaise personne.


Une fois encore il s'excusa.

C'était tout ce qu'il savait faire, s'excuser et laisser le vent emporter les rancoeurs.

Il était impossible de lui en vouloir très longtemps.


Puis elle commença à prendre du recul.

Elle voulait se convaincre de son indifférence à son égard, mais elle ne pouvait que s'avouer vaincue face à ce personnage à la séduction insolente et presque involontaire.


Quand elle lui dit qu'elle prendrait ses distances, il lui répondit qu'il s'excusait s'il avait eu un geste déplacé. Elle ne put s'empêcher de penser que décidément, il ne voulait rien comprendre. Que c'était précisément le fait de n'avoir osé aucun geste déplacé à son égard qu'elle lui reprochait.


Alors elle s'éloigna.


Quand ses amis le traitaient de tous les noms, curieusement, elle le défendait comme un enfant qui ne savait pas ce qu'il faisait.

C'était plus fort qu'elle, elle pouvait dîner avec des garçons prévenants, des gendres idéaux qui lui auraient offert la lune, elle ne les regardait pas.


Ils se retrouvèrent dans une soirée, dans le lieu même où ils s'étaient rencontrés.

Mais cette fois ils ne se parlèrent quasiment pas.

Ils repartirent d'un simple au revoir, elle dans un taxi, lui embué dans ses vapeurs éthyliques.



Elle s'était fait une raison, mais restait dans une certaine incompréhension de son inconséquence.

Sans doute avait-il besoin de se trouver.

En peu de temps, le garçon charmant, drôle, prévenant et touchant de maladresse ne lui apparaissait plus que distant, incohérent, auteur de violences involontaires sur son palpitant enamouré.


Elle revînt finalement à la raison et vogua vers d'autres rives.


Une nouvelle opportunité professionnelle emporta soudainement celui qui n'était déjà plus qu'un lointain phantasme à quelques centaines de kilomètres.

Elle profita de ce départ pour le mettre devant un mur de mots. Des mots, c'était tout ce qu'elle avait finalement pu échanger avec lui.

Une fois de plus, elle aurait préféré y poser sa voix, les voir le toucher, mais une fois de plus elle n'aurait qu'une page blanche face à elle.

Elle n'attendait pas de réponse, et elle n'en eut pas, une fois de plus, il se réfugiait dans la nébulosité.

C'est sans doute la seule chose qu'elle lui reprochait au final, cette indolence à ses mots.


Mais c'était aussi la raison pour laquelle il l'avait, pendant quelques temps, tant inspiré, plus que certains garçons qui l'avaient à l'époque courtisée.

Parce qu'après cette soirée, il ne fut plus qu'une chimère de ce qu'il avait été le tout premier soir.


Elle descendit la pile de vinyles.

En passant devant la bibliothèque, elle vit Arthur, assoupi, et sourit.

Elle était à sa place ici.


Elle éteignit la télévision restée allumée sur un reportage relatant la mort de Ted Kennedy.

C'était la fin d'une époque.


Françoise Hardy avait ainsi déclaré voir s'envoler sa jeunesse, le jour ou Lucien Ginsburg était parti avec les vents mauvais.


Après avoir rangé ces fragments de vie musicaux, elle s'assit à son bureau et reprit l'écriture de son dernier ouvrage au son de Pet Sounds.


Elle y inclut quelques mots bleus, quelques mots que peut-être, une chimère douce-amère aux cheveux d'argent mais au regard d'un ciel de printemps frôlerait d'un sourire gêné, quelque part à l'autre bout de la France.




jeudi 27 août 2009

PETIT BILLET DU MIDI JOLI


Une fois n’est pas coutume, je vais faire un peu de promotion sur ce blog.
Pas pour moi, on s’entend, mais pour certains talents encore un peu trop cachés à mon goût.

C’est sans doute une de choses qui me fait apprécier de vivre ici, pouvoir sortir du boulot et le soir, rencontrer des scénaristes inspirés, des baladins facétieux ou encore des rockeux au cœur de pierre qui roule.

Alors cliquez sur "Log out", et sortez un peu, oubliez vos amis virtuels quelques heures.

Notez, je n’ai rien contre, prenons-le au hasard, Mark Daumail, bien au contraire, avec qui j’entretiens autant de relations qu’Elton John avec une Pussycat Doll en string.

Vous me direz, quel est donc l’intérêt d’avoir accepté la moitié de Cocoon dans son réseau facebook ?

Aucun. Sinon d’apprendre que hier, il a mangé de la pizza 4 fromages, déclenchant par la même une vague de réactions admiratives telles que :
- Quel choix judicieux, tu as raison, la quatre fromages c’est vraiment la meilleure.
- Lol.
- Mdr.
- Triple lol ptdr puissance 4.
- Si tu veux, je m'apporte en dessert.

Et je peux ainsi découvrir, heure après heure :
Mark Daumail est malade.
Mark Daumail mangera une pepperoni finalement.
Mark Daumail mangera une pepperoni devant bonsoir les zouzous.
Mark Daumail aime les gros seins.
Mark Daumail mangerait bien une pepperoni sur le dos de Samantha Fox.
Mark Daumail va faire pipi.

Inutile de préciser que le dernier statut donnera également lieu à une myriade d’interventions toutes plus pertinentes et spirituelles les unes que les autres telle que : "C pas vré moi aussi C ouf lol mdr kikoo lol et tu fais combien de mètres ?"

Au passage, Cocoon m'a fait me rappeler pourquoi je n'écoutais plus la radio.
Parce qu'entendre dans la voiture l'intro de Chupee seize fois dans la même journée à chaque changement de station, ça a le don de me faire abhorrer tout enchaînement de Sol-Mi mineur-Si mineur au ukulele pour un moment. A croire que broadcasteurs n'ont pas encore compris qu'il n'était pas bon pour la musique de l'user jusqu'à la lie, au risque de produire l'exaspération chez l'auditeur jadis sous le charme. I guess I should take off. Un bel exemple : Le sublime Hallelujah de Buckley, parachuté titre mainstream, le scotchant dans le lecteur mp3 de prépubères qui n'ont aucune idée de qui peut être Leonard Cohen.


Bref, je m’éloigne du sujet de ce billet.

Je n’évoquerai pas les Make The Girl Dance, qui n’ont plus besoin de publicité depuis qu’ils ont transposé mon DJ chez les nudistes rue Montorgueil.

J’ai déjà eu l’occasion également de vous parler de
Nerval et de ses talents d’écrivain (allez lire ses chroniques londoniennes ou encore ses billets made in USA), ou encore de Colin, dont le long-métrage, Ouvert 24/7, sortira très prochainement sur les écrans.

Je peux en revanche vous conseiller d’aller voir Tailleur pour Dames.
Vous y verrez Henri Six, ma petite perle belge, qui porte littéralement ce Feydeau – or, je ne suis pas très cliente de Feydeau. Faites-moi confiance, il va devenir une référence!

Et puis ensuite, je vous envoie rencontrer La Mort en échec.
Il était une fois Caroline Anglade, une jolie blonde pleine de peps (en alternance avec Marie Lelong, tout aussi pepsy) en froid avec Franck Jouret alias son bêcheur de mari. Il ne voulaient plus du tout vivre heureux et en aucun cas avoir d'enfant, chien ou 4x4. Il était une fois La Mort (prénom : La , nom : Mort), jouée par un certain Florent Chesné vrai performer déjanté et électrique, en alternance avec Rui Silva, tendre benêt à la faux pas vraiment brute. Il était une fois une étrange soirée orageuse, qui va mettre sur la route d'un couple à la dérive une Mort complètement allumée. Foncez, et vos abdos vous remercieront de cette séance de rire non-stop!
Tout cela dirigé par le non moins talentueux Olivier Maille, auteur-metteur-en-scène-emmerdeur devant l’Eternel, Eternel dont il sera d’ailleurs sujet dans une autre de ses pièces qui revient à la rentrée,
Sortie de route, où vous pourrez rendre visite à un Saint Pierre Khorsand complètement allumé, extra-terrestre auréolé sous LSD , également à surveiller de près car croyez-moi, tous ces jeunes et beautiful people iront loin !


Et puis quand vos oreilles auront soif de musique, vous pourrez aller écouter le petit Jérôme Lifszyc
, compositeur-arrangeur musical et interprête de talent, un peu dingo, un peu d'Ingres, surveillez son myspace !





Une fois rentrés chez vous, reposez vos mirettes sur le verbe de la pétillante
Pénélope, reine du jeu de mot et nouveau talent des ondes !


Enfin, endormez-vous au doux son de
Darko Fitzgerald, qui s’est offert le luxe, excusez du peu, de jouer les ambiances sonores du dernier clip de promotion Louis Vuitton.
Fermez les yeux, et écoutez cette douce brise qui semble venir du mouvement d’une balançoire un soir d’été. C’est léger, c’est délicat, c’est chaud, c’est Darko.



vendredi 7 août 2009

Wait, they don't love you like I love you II : on dirait le Sud

Il y a quelques temps, j'avais posté un extrait de Silveree, ou les aventures en cours d'écriture d'un jeune étudiant à la recherche de gloire et d'estime qui rencontrait sur son chemin plusieurs personnages tâtonnant dans leur introspection, et notamment Matisse, ancien rockeur pour midinettes aigri qui recherchait le sens de sa gloire passée.

Je narrais le jour où Matisse avait décidé de quitter subitement les paillettes de sa vie pour retourner à ses racines méditerrannéennes.

Comme j'ai fortement besoin de vacances, et qu'il fait gris aujourd'hui sur la capitale, je vous propose la suite de ce chapitre, qui nous emmène de nouveau du côté des marais salants et des arènes romaines...


"[...]
Plus tard Matisse passa devant une bonne dizaine de bars. Dans certains, il avait mangé des glaces avec son grand-père. Dans d’autres, bu des pressions avec ses camarades de lycée. Dans d’autres encore il avait dragué les soeurs de ses copains. Dans d’autres enfin il avait joué. Avec un groupe fait de bric et de broc, d’anciens copains de lycée, de percussionistes rencontrés au hasard de la fac, de guitares bon marché. Il s'arrêta devant "le Prolé", point de ralliement incontournable de ses jeunes années. A l'époque ls croyaient en eux. Ils avaient leurs groupies qui les suivaient. Bien sûr, elles n’étaient pas aussi nombreuses que lorsque Matisse devînt Silvery, mais elles étaient fidèles. Ils tournaient pas mal au final dans la région. Que serait-il advenu de lui s’il avait continué cette vie là? Sans doute auraient-ils continué les concerts pendant un temps, puis de moins en moins fréquemment, mais ils auraient toujours trouvé des soirées pour jouer ensemble. La batterie bon marché lui manquait. Les groupies locales aussi. Il était 23H et Matisse était assis sur le rebord de la fontaine, place du Marché. Il se regardait dans le reflet de l’eau. Le crocodile qui lui faisait face, insensible à son désarroi, ne semblait vouloir verser aucune larme pour lui. Le reptile semiaquatique, dont les années n’avaient pas terni les liens qui le tenaient attaché au palmier qui le surplombait, lui rappelaient que lui était libre, que rien ne l’empêchait d’abandonner définitivement sa prison dorée. Alors, pour la première fois depuis plusieurs années, Matisse pleura.

Le lendemain, Matisse décida de racheter la maison familiale. Elle avait été vendue à la mort de son père à un couple britannique, qui cherchait un point de chute pour ses vieux jours. Les séniors d’Albion consentirent à lui laisser leur bien pour trois fois le prix qu’ils l’avaient acquise, une affaire pour eux. Mais Matisse n’en avait cure, ce qui importait pour lui était de récupérer la maison le plus rapidement possible. Il avait rapidement remercié le premier agent qui s’était occupé de placer ses revenus pour prendre les rennes de la gestion de ses entrées d’argent, et avait alors vu son capital augmenter rapidement. Cela lui aurait permis d’acquérir sans difficulté une villa à Porto Cervo, mais tout ce qui lui importait était de retrouver le jardin dans lequel il avait joué. Dans l'après-midi, il se rendit au cimetière de Saint Baudile où ses grands parents étaient enterrés. Il aimait le calme de cet endroit, les cyprès florentins et les pins parasols qui protégeaient de leur rassurante silhouette le repos des résidents. Alors qu'il se dirigeait vers la tombe de ses grands-parents, il croisait quelques maigres félins qui avaient fait de cette nécropole leur domaine. Il se demandait si la vieille dame qui venait les nourrir était toujours en vie. S'il quelqu'un se souciait toujours de leur bien-être. Une étrange harmonie s'était scellée entre ces minets de gouttière et les trépassés. En rentrant, il repensa à El Nimeño II, ce torero qui s'était donné la mort, deux ans après qu'une blessure ait mis fin à sa carrière. Il vivait reclus et ne voyait plus personne. Parce qu'on lui avait enlevé la seule chose qui comptait pour lui.


[...]

Matisse se souvînt de ses jeunes étés passés sur la côte. Alors qu’il était encore étudiant, il jouait les plagistes sur sable de petites stations balnéaires, loin des grandes promenades de la Riviera. Il n’avait alors pas le physique traditionnel des jeunes éphèbes à la peau cuivrée qui plaçaient les matelas et servaient des sodas aux clients lézardant sur les transats. Mais il avait séduit la gérante par son charme naturel et son humour. De fait, il était finalement l’employé qui avait le plus de succès auprès de la clientèle féminine, une bonne plage privée devant une bonne partie de son succès commercial au charme de ses plagistes. C’était les femmes d’un certain âge qu’il préférait. Parce qu’elles arrivaient fin mai et ne repartaient que mi-septembre. Elles restaient là tout l’été, et se plaisaient à lui faire la conversation lorsque leurs enfants ou petits enfants n’étaient pas descendus en vacances chez elles. Elles se plaisaient à lui présenter leurs filles et à lui vanter leurs qualités. Il devenait le meilleur ami de leur dernier petit fils, toujours au fait des derniers jeux en vogue dans les cours de récréation. Quand le soir venait, alors qu’il ne restait plus sur le sable que des rangées de transats au plastique blanc nu et des pieds de parasols plantés comme une nuée d’épingles sur le bracelet d’une couturière, il faisait venir au bar quelques amis. Ils amenaient quelques bouteilles et refaisaient le monde devant la mer apaisée, face aux lumières des stations voisines. Il y avait souvent une guitare pour accompagner leurs soirées. Matisse chantait, improvisait sur l’air estival. Souvent, les membres de son groupe le rejoignaient et ils improvisaient un bœuf au son d’instruments de fortune. Parfois, des bandes d’adolescents qui faisaient des feus sur la plage, attirés par la musique, se posaient autour des barrières de l’établissement. Au fur et à mesure, de plus en plus d’amis d’amis venaient à ce qui devenait des soirées musicales semi-improvisées. Matisse et ses amis avaient lancé les beach parties version cheap. Ici pas de micro-stars, pas de DJ en vogue pour faire trépigner les pieds sur le sable. Simplement un groupe qui faisait tourner le bar au-delà des heures d’ouverture, deux soirs par semaine. C’est ici que Matisse avait été repéré, lors d’un casting sauvage. Il revoit encore l’homme aux petites lunettes ovales qui lui avait promis que s’il faisait de bons résultats dans son émission, il pourrait faire connaître son groupe. Matisse gagna l’émission, et les membres du groupe retournèrent à leur vie quotidienne, après quelques concerts.




Cela faisait plusieurs années que Matisse n’était pas revenu sur ces plages. Trop touristiques, trop voyage organisé pour comités d’entreprise. En posant le pied sur le sable de la petite station, il retrouva les sensations qu’il avait quand il se promenait, tard le soir. Rien que le son de la mer, calme et rassurante. Au loin, les notes déformées par le vent et le relief d’une chanteuse de karaoké. De l’autre côté des dunes il y avait ces groupes d’adolescents, qui attendaient l’ouverture de la petite boîte locale. Et ces filles, mini-starlettes dopées aux journaux people pour ados, qui les jaugeaient de loin, sous le contrôle des parents attablés devant un plat de moules-frites. Il apercevait les étincelles d’un des multiples feux d’artifice tirés tout au long de l’été. Et le son des bars, toujours déformé. Un peu plus loin que la chanteuse de variété, c’était un petit groupe qui jouait. Ils devaient être quatre, cinq au maximum. Ils reprenaient des standards, les tournant sauce folk. Ils devaient avoir l’âge de Matisse quand il avait quitté la région. Peut-être ce soir seraient-ils repérés par un agent. Peut-être ce soir leur destin se jouait-il sans qu’ils en aient conscience. Peut-être ce soir là Matisse aurait-il dû saisir leur chance de rester là, et ne pas rejoindre la course aux charts. Peut-être...







Il partit redonner à ses pieds le goût du sable et de l'eau. Il était près de minuit et la plage était déserte. Sans doute quelques couples s'étaient cachés dans les dunes pour s'étreindre à l'abris du regard de leurs parents. Il aimait la sensation de ce sable nocturne, ce sable froid et doux qui venait le caresser. Il aimait regarder cette mer calme, enfin apaisée des baignades de la journée. Elle semblait ne pas l'avoir oublié. L'eau a une mémoire, et Matisse avait besoin de s'y plonger. Alors il posa ses affaires et partit nager, seul, dans l'obscurité. Du bout de la digue, tout paraissait si petit, si insignifiant. Ces gens. Ces amis. Cette vie. Même la musique, cet art mineur qui avait dirigé une partie de sa vie. Il lui semblait que tout cela n'avait été que pécadille, qu'un jeu d'enfant duquel il était temps de revenir. Doucement, il s'enfonça dans les ondes ténébreuses et mélancoliques, et se laissa envahir par le silence[...]."

In Silvery