jeudi 27 août 2009

PETIT BILLET DU MIDI JOLI


Une fois n’est pas coutume, je vais faire un peu de promotion sur ce blog.
Pas pour moi, on s’entend, mais pour certains talents encore un peu trop cachés à mon goût.

C’est sans doute une de choses qui me fait apprécier de vivre ici, pouvoir sortir du boulot et le soir, rencontrer des scénaristes inspirés, des baladins facétieux ou encore des rockeux au cœur de pierre qui roule.

Alors cliquez sur "Log out", et sortez un peu, oubliez vos amis virtuels quelques heures.

Notez, je n’ai rien contre, prenons-le au hasard, Mark Daumail, bien au contraire, avec qui j’entretiens autant de relations qu’Elton John avec une Pussycat Doll en string.

Vous me direz, quel est donc l’intérêt d’avoir accepté la moitié de Cocoon dans son réseau facebook ?

Aucun. Sinon d’apprendre que hier, il a mangé de la pizza 4 fromages, déclenchant par la même une vague de réactions admiratives telles que :
- Quel choix judicieux, tu as raison, la quatre fromages c’est vraiment la meilleure.
- Lol.
- Mdr.
- Triple lol ptdr puissance 4.
- Si tu veux, je m'apporte en dessert.

Et je peux ainsi découvrir, heure après heure :
Mark Daumail est malade.
Mark Daumail mangera une pepperoni finalement.
Mark Daumail mangera une pepperoni devant bonsoir les zouzous.
Mark Daumail aime les gros seins.
Mark Daumail mangerait bien une pepperoni sur le dos de Samantha Fox.
Mark Daumail va faire pipi.

Inutile de préciser que le dernier statut donnera également lieu à une myriade d’interventions toutes plus pertinentes et spirituelles les unes que les autres telle que : "C pas vré moi aussi C ouf lol mdr kikoo lol et tu fais combien de mètres ?"

Au passage, Cocoon m'a fait me rappeler pourquoi je n'écoutais plus la radio.
Parce qu'entendre dans la voiture l'intro de Chupee seize fois dans la même journée à chaque changement de station, ça a le don de me faire abhorrer tout enchaînement de Sol-Mi mineur-Si mineur au ukulele pour un moment. A croire que broadcasteurs n'ont pas encore compris qu'il n'était pas bon pour la musique de l'user jusqu'à la lie, au risque de produire l'exaspération chez l'auditeur jadis sous le charme. I guess I should take off. Un bel exemple : Le sublime Hallelujah de Buckley, parachuté titre mainstream, le scotchant dans le lecteur mp3 de prépubères qui n'ont aucune idée de qui peut être Leonard Cohen.


Bref, je m’éloigne du sujet de ce billet.

Je n’évoquerai pas les Make The Girl Dance, qui n’ont plus besoin de publicité depuis qu’ils ont transposé mon DJ chez les nudistes rue Montorgueil.

J’ai déjà eu l’occasion également de vous parler de
Nerval et de ses talents d’écrivain (allez lire ses chroniques londoniennes ou encore ses billets made in USA), ou encore de Colin, dont le long-métrage, Ouvert 24/7, sortira très prochainement sur les écrans.

Je peux en revanche vous conseiller d’aller voir Tailleur pour Dames.
Vous y verrez Henri Six, ma petite perle belge, qui porte littéralement ce Feydeau – or, je ne suis pas très cliente de Feydeau. Faites-moi confiance, il va devenir une référence!

Et puis ensuite, je vous envoie rencontrer La Mort en échec.
Il était une fois Caroline Anglade, une jolie blonde pleine de peps (en alternance avec Marie Lelong, tout aussi pepsy) en froid avec Franck Jouret alias son bêcheur de mari. Il ne voulaient plus du tout vivre heureux et en aucun cas avoir d'enfant, chien ou 4x4. Il était une fois La Mort (prénom : La , nom : Mort), jouée par un certain Florent Chesné vrai performer déjanté et électrique, en alternance avec Rui Silva, tendre benêt à la faux pas vraiment brute. Il était une fois une étrange soirée orageuse, qui va mettre sur la route d'un couple à la dérive une Mort complètement allumée. Foncez, et vos abdos vous remercieront de cette séance de rire non-stop!
Tout cela dirigé par le non moins talentueux Olivier Maille, auteur-metteur-en-scène-emmerdeur devant l’Eternel, Eternel dont il sera d’ailleurs sujet dans une autre de ses pièces qui revient à la rentrée,
Sortie de route, où vous pourrez rendre visite à un Saint Pierre Khorsand complètement allumé, extra-terrestre auréolé sous LSD , également à surveiller de près car croyez-moi, tous ces jeunes et beautiful people iront loin !


Et puis quand vos oreilles auront soif de musique, vous pourrez aller écouter le petit Jérôme Lifszyc
, compositeur-arrangeur musical et interprête de talent, un peu dingo, un peu d'Ingres, surveillez son myspace !





Une fois rentrés chez vous, reposez vos mirettes sur le verbe de la pétillante
Pénélope, reine du jeu de mot et nouveau talent des ondes !


Enfin, endormez-vous au doux son de
Darko Fitzgerald, qui s’est offert le luxe, excusez du peu, de jouer les ambiances sonores du dernier clip de promotion Louis Vuitton.
Fermez les yeux, et écoutez cette douce brise qui semble venir du mouvement d’une balançoire un soir d’été. C’est léger, c’est délicat, c’est chaud, c’est Darko.



vendredi 7 août 2009

Wait, they don't love you like I love you II : on dirait le Sud

Il y a quelques temps, j'avais posté un extrait de Silveree, ou les aventures en cours d'écriture d'un jeune étudiant à la recherche de gloire et d'estime qui rencontrait sur son chemin plusieurs personnages tâtonnant dans leur introspection, et notamment Matisse, ancien rockeur pour midinettes aigri qui recherchait le sens de sa gloire passée.

Je narrais le jour où Matisse avait décidé de quitter subitement les paillettes de sa vie pour retourner à ses racines méditerrannéennes.

Comme j'ai fortement besoin de vacances, et qu'il fait gris aujourd'hui sur la capitale, je vous propose la suite de ce chapitre, qui nous emmène de nouveau du côté des marais salants et des arènes romaines...


"[...]
Plus tard Matisse passa devant une bonne dizaine de bars. Dans certains, il avait mangé des glaces avec son grand-père. Dans d’autres, bu des pressions avec ses camarades de lycée. Dans d’autres encore il avait dragué les soeurs de ses copains. Dans d’autres enfin il avait joué. Avec un groupe fait de bric et de broc, d’anciens copains de lycée, de percussionistes rencontrés au hasard de la fac, de guitares bon marché. Il s'arrêta devant "le Prolé", point de ralliement incontournable de ses jeunes années. A l'époque ls croyaient en eux. Ils avaient leurs groupies qui les suivaient. Bien sûr, elles n’étaient pas aussi nombreuses que lorsque Matisse devînt Silvery, mais elles étaient fidèles. Ils tournaient pas mal au final dans la région. Que serait-il advenu de lui s’il avait continué cette vie là? Sans doute auraient-ils continué les concerts pendant un temps, puis de moins en moins fréquemment, mais ils auraient toujours trouvé des soirées pour jouer ensemble. La batterie bon marché lui manquait. Les groupies locales aussi. Il était 23H et Matisse était assis sur le rebord de la fontaine, place du Marché. Il se regardait dans le reflet de l’eau. Le crocodile qui lui faisait face, insensible à son désarroi, ne semblait vouloir verser aucune larme pour lui. Le reptile semiaquatique, dont les années n’avaient pas terni les liens qui le tenaient attaché au palmier qui le surplombait, lui rappelaient que lui était libre, que rien ne l’empêchait d’abandonner définitivement sa prison dorée. Alors, pour la première fois depuis plusieurs années, Matisse pleura.

Le lendemain, Matisse décida de racheter la maison familiale. Elle avait été vendue à la mort de son père à un couple britannique, qui cherchait un point de chute pour ses vieux jours. Les séniors d’Albion consentirent à lui laisser leur bien pour trois fois le prix qu’ils l’avaient acquise, une affaire pour eux. Mais Matisse n’en avait cure, ce qui importait pour lui était de récupérer la maison le plus rapidement possible. Il avait rapidement remercié le premier agent qui s’était occupé de placer ses revenus pour prendre les rennes de la gestion de ses entrées d’argent, et avait alors vu son capital augmenter rapidement. Cela lui aurait permis d’acquérir sans difficulté une villa à Porto Cervo, mais tout ce qui lui importait était de retrouver le jardin dans lequel il avait joué. Dans l'après-midi, il se rendit au cimetière de Saint Baudile où ses grands parents étaient enterrés. Il aimait le calme de cet endroit, les cyprès florentins et les pins parasols qui protégeaient de leur rassurante silhouette le repos des résidents. Alors qu'il se dirigeait vers la tombe de ses grands-parents, il croisait quelques maigres félins qui avaient fait de cette nécropole leur domaine. Il se demandait si la vieille dame qui venait les nourrir était toujours en vie. S'il quelqu'un se souciait toujours de leur bien-être. Une étrange harmonie s'était scellée entre ces minets de gouttière et les trépassés. En rentrant, il repensa à El Nimeño II, ce torero qui s'était donné la mort, deux ans après qu'une blessure ait mis fin à sa carrière. Il vivait reclus et ne voyait plus personne. Parce qu'on lui avait enlevé la seule chose qui comptait pour lui.


[...]

Matisse se souvînt de ses jeunes étés passés sur la côte. Alors qu’il était encore étudiant, il jouait les plagistes sur sable de petites stations balnéaires, loin des grandes promenades de la Riviera. Il n’avait alors pas le physique traditionnel des jeunes éphèbes à la peau cuivrée qui plaçaient les matelas et servaient des sodas aux clients lézardant sur les transats. Mais il avait séduit la gérante par son charme naturel et son humour. De fait, il était finalement l’employé qui avait le plus de succès auprès de la clientèle féminine, une bonne plage privée devant une bonne partie de son succès commercial au charme de ses plagistes. C’était les femmes d’un certain âge qu’il préférait. Parce qu’elles arrivaient fin mai et ne repartaient que mi-septembre. Elles restaient là tout l’été, et se plaisaient à lui faire la conversation lorsque leurs enfants ou petits enfants n’étaient pas descendus en vacances chez elles. Elles se plaisaient à lui présenter leurs filles et à lui vanter leurs qualités. Il devenait le meilleur ami de leur dernier petit fils, toujours au fait des derniers jeux en vogue dans les cours de récréation. Quand le soir venait, alors qu’il ne restait plus sur le sable que des rangées de transats au plastique blanc nu et des pieds de parasols plantés comme une nuée d’épingles sur le bracelet d’une couturière, il faisait venir au bar quelques amis. Ils amenaient quelques bouteilles et refaisaient le monde devant la mer apaisée, face aux lumières des stations voisines. Il y avait souvent une guitare pour accompagner leurs soirées. Matisse chantait, improvisait sur l’air estival. Souvent, les membres de son groupe le rejoignaient et ils improvisaient un bœuf au son d’instruments de fortune. Parfois, des bandes d’adolescents qui faisaient des feus sur la plage, attirés par la musique, se posaient autour des barrières de l’établissement. Au fur et à mesure, de plus en plus d’amis d’amis venaient à ce qui devenait des soirées musicales semi-improvisées. Matisse et ses amis avaient lancé les beach parties version cheap. Ici pas de micro-stars, pas de DJ en vogue pour faire trépigner les pieds sur le sable. Simplement un groupe qui faisait tourner le bar au-delà des heures d’ouverture, deux soirs par semaine. C’est ici que Matisse avait été repéré, lors d’un casting sauvage. Il revoit encore l’homme aux petites lunettes ovales qui lui avait promis que s’il faisait de bons résultats dans son émission, il pourrait faire connaître son groupe. Matisse gagna l’émission, et les membres du groupe retournèrent à leur vie quotidienne, après quelques concerts.




Cela faisait plusieurs années que Matisse n’était pas revenu sur ces plages. Trop touristiques, trop voyage organisé pour comités d’entreprise. En posant le pied sur le sable de la petite station, il retrouva les sensations qu’il avait quand il se promenait, tard le soir. Rien que le son de la mer, calme et rassurante. Au loin, les notes déformées par le vent et le relief d’une chanteuse de karaoké. De l’autre côté des dunes il y avait ces groupes d’adolescents, qui attendaient l’ouverture de la petite boîte locale. Et ces filles, mini-starlettes dopées aux journaux people pour ados, qui les jaugeaient de loin, sous le contrôle des parents attablés devant un plat de moules-frites. Il apercevait les étincelles d’un des multiples feux d’artifice tirés tout au long de l’été. Et le son des bars, toujours déformé. Un peu plus loin que la chanteuse de variété, c’était un petit groupe qui jouait. Ils devaient être quatre, cinq au maximum. Ils reprenaient des standards, les tournant sauce folk. Ils devaient avoir l’âge de Matisse quand il avait quitté la région. Peut-être ce soir seraient-ils repérés par un agent. Peut-être ce soir leur destin se jouait-il sans qu’ils en aient conscience. Peut-être ce soir là Matisse aurait-il dû saisir leur chance de rester là, et ne pas rejoindre la course aux charts. Peut-être...







Il partit redonner à ses pieds le goût du sable et de l'eau. Il était près de minuit et la plage était déserte. Sans doute quelques couples s'étaient cachés dans les dunes pour s'étreindre à l'abris du regard de leurs parents. Il aimait la sensation de ce sable nocturne, ce sable froid et doux qui venait le caresser. Il aimait regarder cette mer calme, enfin apaisée des baignades de la journée. Elle semblait ne pas l'avoir oublié. L'eau a une mémoire, et Matisse avait besoin de s'y plonger. Alors il posa ses affaires et partit nager, seul, dans l'obscurité. Du bout de la digue, tout paraissait si petit, si insignifiant. Ces gens. Ces amis. Cette vie. Même la musique, cet art mineur qui avait dirigé une partie de sa vie. Il lui semblait que tout cela n'avait été que pécadille, qu'un jeu d'enfant duquel il était temps de revenir. Doucement, il s'enfonça dans les ondes ténébreuses et mélancoliques, et se laissa envahir par le silence[...]."

In Silvery






lundi 3 août 2009

Astrée et les Beach Boys


Beach Boys - I get around





Et après on va se demander pourquoi les gens sont sur la défensive à Paris.


Je rentrais bien tranquillement chez moi, après avoir néanmoins légèrement accéléré à la vue d'un individu qui m'avait emboîté le pas.

Alors que je refermai ma porte, celui-ci m'arrêta :

- Excusez-moi?
- [Hum, j'ai pas de thunes cherchez pas]. Mmmm? Dis-je d'un air frigide et peu convaincu.
- Est-ce que vous seriez intéressée par une relation?
- [Vous êtes sûr que vous préférez pas de la thune?]. Non [merci, sans façon, j'ai déjà dîné, mais c'est très aimable à vous de me le proposer. Vous êtes sûr que vous ne préférez pas de la thune?].
- Vous êtes sûre, vous ne voulez pas discuter un peu?
Mais qu'ont-ils tous ces inconnus qui veulent soudainement jouer les Arlette Chabot en fin de soirée devant ma porte?

Alors forcément quand, après avoir soigneusement refermé ma porte et bien engagé le clenche pour être certaine qu'aucun importun à la recherche d'une débat phénoménologique sur la la théorie de la fusion des liquides ne s'introduise dans mon hall, j'ouvrai la deuxième porte sur un autre inconnu qui attendait dans l'escalier, je ne pus m'empêcher d'étouffer un cri de surprise.


- Qu'est-ce que voul... hum pardon vous m'avez fait peur. Vous attendez quelque chose?

- Heu oui, l'ascenseur.
- Ha oui. Ca paraît logique étant donné que nous sommes devant un ascenseur [mais vous le l'attendez pas pour le bloquer et me violenter contre la grille, on est d'accord?].
Bon ben, je le prends aussi [Enfin je crois. Je vais peut-être attendre le suivant finalement].
Vous êtes nouveau ici?
- Non moi habiter ici depuis un an.
- [Hum... Vous avez vos papiers?]. Vous montez? [Non andouille, étant donné que nous sommes au rez-de-chaussée, il a sûrement son matelas à la cave].
- Oui, 5ème.
- [OK, un point pour lui, je ne connais juste pas la moitié de mes voisins de palier. Merci Paris.] Puis vous allez au 7ème?
- Non 16ème.
- Oui, mais vous habitez au 7ème?
- Ha oui! Je suis japonais.
- Haaaa vous êtes étudiant?
- Non je travaille.
- Ha... vous travaillez où?
- Dans un japonais.
- Ha [en même temps c'est logique, vous m'auriez dit que vous travailliez dans un grec de St Michel j'aurais eu du mal à vous croire].

Je ne suis pas méfiante de nature - quoique - mais vous m'accorderez qu'en l'espèce, c'était circonstancié.



Enfin, je m'éloigne de mon sujet de départ qui n'avait absolument rien à voir avec ces considérations et nous emmène bien loin de ces préoccupations de citadines parasitées par leur charme ravageur. Ou simplement poursuivies par des quidam qui accoupleraient leurs fluides avec n'importe quelle poitrine bipède.



Oubliez donc Paris, occultez pendant quelques minutes les bruits de tout ce qui roule sur rail, ou sur périphérique d'ailleurs.



Je vous emmène au pays des cigales, du basilic et du romarin, des marais salants et des dunes à pertes de vue.


Montpellier Saint Roch, 22H30.
Trois heures après avoir quitté une gare de Lyon bruyante et assenée de flux de parisiens qui partaient en week-end, j'allais enfin retrouver l'odeur des pins parasols et le calme d'un week-end régénérant bien mérité.
C'était sans compter la présence d'un petit groupe de cagolettes qui avaient pris place près de moi.
Parfois, il n'est nul besoin d'aller chercher des caricatures, des allégories du ridicule humanoïde.
Il suffit de regarder ces nymphettes et leurs gloussements, échanges de messages téléphoniques avec des Ben et Kevin (cela de s'invente pas) et opérations manucure express qui envahissent tout le wagon d'un odeur écoeurante de vernis.

Je restai indifférente, songeant à la dernière fois que j'avais interpellé une gamine qui était sur le point d'incommoder tout son voisinage avec sa french manucure. Je m'étais retenue, puis n'y tenant plus, l'avait arrêtéeà deux ongles du trouble de voisinage :


- Excusez-moi, mais cela vous ennuierait-il de faire cela plus tard, à cause de l'odeur?
- Ah? Vous êtes allergique?
- [Non, ça pue connasse]. Non pas du tout, mais j'ai peur que vous incommodiez votre voisin, l'odeur est assez forte.

Contrariée, la vernisseuse m'avait toisée d'un regard daidaigneux de profane qui ne comprenait rien aux diktats de la mode, et avait passé le reste du voyage à examiner agacée son unique ongle peinturluré.


Encore une fois je m'égare. Revenons-en à ce soir, où j'avais décidé que rien ne pourrait entraver cet état de zénitude qui ne devrait pas me quitter avant le lundi matin.



Ce week-end s'annonçait régénérateur.

Je le passais avec mes parents. Non il n'y a pas de rupture comique dans cette succession syntaxique. Le programme serait le suivant : mode no-smoking, 25cl de vin par repas au lieu de la bouteille entière, couchée à minuit dernier carat, et marches en guise de sortie crépusculaire - cette fameuse proposition, "On va faire un marche?", que j'abhorrais quand j'étais plus jeune, car elle était synonyme de longue promenade à la vitesse d'une tortue tétraplégique en suivant sagement mes géniteurs.


Les vacances en famille peuvent apparaître à première vue d'un ennui terrifiant.
Depuis quelques temps, et dans la mesure où lesdites vacances familiales se limitaient à un week-end prolongé, je les voyais néanmoins comme une opportunité de me forcer au repos. Pas de sortie, ce qui pourrait apparaître pour certains comme source de désespoir insatiable, mais me permettait de faire une cure de sommeil.

Il ne faudrait pas que cela dure plus longtemps, car plus de trois jours sans cuite, sans ami, sans inconnu à draguer, c'est long.

Car dès lors que je rejoignais ce petit port et ce mode de vie façon Madrague, je ne pouvais que me mettre en mode off drague.


De toute façon, dans ce petit coin de station balnéaire, il n'y a rien à draguer. On n'y trouve que des familles regroupées, et les seuls célibataires subsistants me feraient risquer l'agression sexuelle sur mineur de moins de quinze ans ou personne vulnérable de plus de quatre-vingt ans.


La plage trouve néanmoins un attrait que je ne trouve pas ailleurs, et non des moindre : le plagiste.





Depuis quelques années mes pater et mater avaient décidé d'abandonner les étendues sauvages pour une plage privée aux matelas bleus et blancs qui faisaient payer un prix non négligeable aux vacanciers le droit de se reposer sur ses mètres carrés.




Ce choix que je trouvais initialement ridicule trouva tout son intérêt à la vue de ces éphèbes à la peau caramélisée.

Depuis, je ne me lasse pas ce passe-temps inépuisable.

La plage, c'est fait pour se reposer l'esprit, et pour cela, on a rien trouvé de mieux pour la gent féminine que de regarder les plagistes vaquer à leurs occupations.

Manifestement recrutés sur critères purement anatomiques, ils défient tout principe de non discrimination à l'embauche, pour le plus grand plaisir de la clientèle féminine. Chaque année, la tenancière de ce zinc sur pilotis use manifestement d'un délit de faciès assumé pour accueillir de nouveaux bras forts et bronzés au sein de son équipe.

Dès lors, il convient de mettre de côté tout principe masculiniste que l'on pourrait opposer à ce genre de préoccupations.


Les plagistes ne sont rien de plus que ces serveuses affublées d'oreilles de lapin pour attirer le chalant.


Je me sentais, en les regardant, l'âme d'une esthète. Ou d'un beauf la langue scotchée à son pastaga et les mains à son FHM.



Cependant, il faut avouer qu'on ne leur demande rien de plus qu'incarner le précepte "sois beau et tais-toi".

Affalée sur mon matelas, je les regarde aller et venir, et, la perspective aidant, les imagine se promener sur mon bras à peine doré, telle cette sorcière bukoswkienne qui rétrécissait les hommes pour mieux se les approprier.

Je me plais à admirer cette virilité limitée à l'aune des matelas.


Ce grand blond qui saisit les transats comme on saisirait une planche de surf, si bien que je m'étonne presque de ne pas le voir enduire ces derniers de wax avant de les soulever à la façon d'un culturiste suédois et de les empiler les uns sur les autres.


Ce Robert Teriitehau made in Alès qui plante les pieds de parasols dans le sable comme un athlète grec planterait de colère son javelot dans l'arène.


J'oubliais alors mes attirances pour l'intellect, la discussion, et le charme, pour m'en tenir à une attraction bassement primaire et platonique envers cette émanation testostéronique badigeonnée de monoï, ces cheveux méchés voire décolorés, et ces tatouages tribaux à la signification nébuleuse.


Ces caricatures de surfers portant la dent de requin en pendentif sont probablement étudiants en attente de passer tel concours administratif catégorie B, mais ça, je ne veux pas le savoir. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle la plupart du temps je ne leur adresse pas la parole, afin de les maintenir dans mes illusions fantasmagoriques d'apollons des bords mers à la coolitude permanente. Au contraire de ces clientes qui vivent manifestement très bien l'absence de leurs maris partis chasser pour ramener de quoi remplir leur sac de plage griffé ou ayant succombé à la canicule.


Des "Thomas, voudriez-vous m'apporter un café vous seriez adorable" par-ci, "Yannick, pourriez-vous redresser mon parasol. Vous êtes absolument charmant!" par-là, elles se battent telles des adolescentes en chaleur pour les faveurs de ces adonis mielleux, quand elles ne tentent pas de placer leur dernière petite fille auprès de leur nouveau gendre idéal, qui sert le rosé et installe les matelas comme personne.

Mille choses pourraient faire qu'à Palavas comme dans ma petite station, les bords de mer me désespèrent, comme dirait l'autre.


Cette agglutination de juilletistes auxquels se succèdent les aoûtiens dans un balai immuable, qui me font regretter le temps de l'Espiguette et de ses plages sauvages. Ces vacanciers qui ne peuvent s'empêcher de gâcher ma sieste avec leurs sonneries de smartphone, tout ça pour les entendre loghorrer pendant une demi-heure sur la réalité des prévisions d'Evelyne Dhéliat, le menu du barbecue du soir et l'arrivée prochaine de leurs enfants. Ces caravanes qui déversent leurs milices de jeunes en polos bleus, qui viennent vous offrir préservatifs et tongs aux couleurs de leur parti préféré - oui, ces fameuses tongs qui laissent la marque du logo d'un mouvement pop' sur le sable. La plage, c'est fait pour y laisser les empreintes d'un coeur transpercé d'une flèche, ou de son prénom, ou de n'importe quoi d'imaginatif. Non, grâce à eux, entre deux étals de fruits et légumes, on peut agrémenter notre marché d'échos de crise et de récession.

Heureusement, il y a le ressac de la mer. Les odeurs de paëlla au retour de plage. Et les plagistes.


Un petit plaisir parmi tant d'autres sur les plages méditerranéennes, au même titre que les voix lointaines entonnant "Chichis, chouchous, beignets, à la glace à la glace".

L'été, je me contente de plaisirs simples.

Le dernier jour, je m'étonnais de voir parmi les habitués un couple de comédiens relativement télévisuels.

Diantre, il ne manquerait plus que la petite station familiale soit désormais assaillie de people lassés des paparazzades.

Si Jean Roch rachète la paillote, je ne réponds plus de rien, laissez-moi s'il vous plaît mon havre de paix familial et ma vue privilégiée sur ces Beach Boys bands.


Une fois revenue sur le bitume, je racontai la scène à mon belge théâtreux préféré - dont vous entendrez certainement parler dans les prochaines années, si ce n'est dans les prochains mois, j'en fais le serment. Nous commençâmes à imaginer le tableau transposé en Mer du Nord. Une grande scène en perspective. Si vous le voyez au hasard d'une scène, contant les péripéties d'un plagiste à Ostende, pensez à ce taxi-boy balnéaire qui se lèvera demain matin à 7H, pour mettre en place ses matelas.


La vie n'est pas aussi facile que l'on croit pour les tablettes de chocolat qui font fondre les starlettes en culotte Tena.


mercredi 29 juillet 2009

I've just seen a face...

J'attendais le métro qui me ramenait chez moi.
Près de moi, était assis un type, écouteurs blancs semblables aux miens et à ceux de la moitié de la rame, plutôt pas mal, qui m'adressa un regard que je lui rendis.

Je restais debout devant lui, en me retournant de temps à autre (comme si de rien n'était, ce que toutes les filles font de façon ridicule en pensant réellement que cela n'a l'air de rien mais en espérant secrètement que ça ait l'air de quelque chose tout en ayant l'air de rien).

Nous nous apprêtions à entrer dans la même rame, lorsque l'ouverture des portes nous révéla le son d'un accordéon qui jouait probablement une version désaccordée de O Sole Mio - titre le plus répandu sur la ligne 6, devancé néanmoins largement par le fameux Besame Mucho des boliviens, et suivi de plus loin par Mon amant de Saint Jean, Imagine et Satisfaction.

Nous fîmes un pas en arrière pour intégrer la rame voisine.
Nous nous regardâmes en souriant à l'idée de cette échappée commune salvatrice.

Trois arrêts plus tard, nous nous séparâmes sur le même quai.

A chaque fois, je me disais qu'avec un peu plus de hardiesse, je pourrais adresser la parole à l'une de ces rencontres métropolitaines éphémères.
Mais à chaque fois c'est la même chose, on se toise, puis on se sépare, avec néanmoins en tête l'idée d'un beau petit moment qui nous tire un sourire ingénu et imbécile au coin des lèvres en sortant de la bouche de métro.

Il y a deux ans, alors que je sortais de la bibliothèque du lieu dans lequel j'effectuais mon stage, un jeune homme me rattrapa dans le couloir. Il avait dû marcher très rapidement, car quand j'étais partie, personne ne me suivait, et j'étais quasiment sortie du bâtiment quand il m'arrêta.

- Mademoiselle?
- Oui? [Merde. J'ai encore oublié ma carte de photocopie sur ma table].
- Excusez-moi je voulais juste vous dire... enfin je voulais juste vous dire que voilà vous êtes entrée dans la pièce et je vous ai trouvée magnifique.
Interdite devant cette déclaration, je restais muette.
Le jeune appariteur était tout embarrassé - on l'aurait été tout autant dans ce genre de situation.
- Ha euh... merci.
Que voulez-vous répondre?
- Non mais vraiment enfin c'était comme une apparition [Sainte Bernadette Soubirous priez pour nous].
- Heu ben merci [c'est tout naturel].
- Du coup je me demandais si ça vous disait d'aller prendre un verre un de ces jours après le boulot?
Et là je sais ce que vous pensez très fort : c'est comme dans un film, coup de foudre dans un couloir, ils vont prendre un verre, ne se quittent plus se marient et font beaucoup d'enfants.
Sauf que dans un film c'est Matthew Mac Conaughey qui flashe sur vous.
Il me faut répondre. Evaluation rapide de la situation. Pros : il est très gentil, et vient de me sortir un des plus jolis compliments qu'on m'ait fait. Et il est bougrement courageux. Cons : il n'est franchement pas attirant.
- Heu en fait, j'ai quelqu'un et...
Oui je sais, c'est naze. Absolument naze, et lâche, et nul.
Que voulez-vous, je suis faible parfois.
- Ha mais je comprends. Je me disais bien, une fille comme vous ne pouvait pas être célibataire [Vous ne pourriez pas mettre ça par écrit, et l'afficher en 3x2m sur les murs de la capitale?]. Vous êtes tellement belle...
Waow. Je commençais à être réellement prise de remords, et étais à deux doigts de lui proposer un verre, pour la bravoure dont il venait de faire preuve et le fix d'ego qu'il venait de m'offrir.
- Hehe - rire idiot et gêné, merci, en tout cas je tenais à vous dire, je suis très touchée, c'est très... chevaleresque ce que vous venez de faire. Vous m'avez ensoleillé ma journée, vraiment.
- Ben c'était normal, je devais vous le dire. On se recroisera sûrement si vous travaillez ici en ce moment.
- Oui, sûrement!

De fait, on s'était recroisés plusieurs fois jusqu'à ce que je quitte ce stage.
Il y a quelques mois, je suis retombée sur lui par hasard, dans ce bâtiment gigantesque.
Seuls, dans le même ascenseur.
Manifestement, il ne m'avait pas oubliée, et m'adressa un sourire et un bonjour gêné.

Qui oserait faire ça aujourd'hui?
Allez arrêter un inconnu qui a fait tomber la foudre sur vous, ou ne causerait ne serait-ce qu'un petit court-circuit dans votre circulation sanguine? Qui jouerait la carte de l'électron libre, du choc cardiaque, de la particule élémentaire?

Un autre individu l'avait fait de façon beaucoup moins rose bonbon un soir, à la sortie de ma station. Il m'avait abordée de façon assez drôle dans le métro, et j'avais commencé à discuter avec lui de la salubrité des chambres de bonnes à Paris.
- Et donc toi tu habites aussi une chambre de bonne dans le quartier?
- Oui, un peu plus bas...
- Ouais c'est trop la galère de vivre là-dedans!
- Ca va, je n'ai pas à me plaindre, elle est assez cool.
- Mais t'es vers où en fait?
- Sur les quais.
- Ha ouais carrément, genre t'a la vue sur...
- ... oui. C'est assez sympa.
- Cool! Moi je suis plus loin, j'ai une vue toute pourrie.
Nous arrivions devant mon immeuble.
- Attends, dans deux minutes tu vas me dire qu'en fait on habite le même immeuble?
- Non moi en fait j'habite de l'autre côté.
- Ah... Mais euh, c'est pas le bon chemin là pour rentrer chez toi.
- Non je sais, mais je pensais que tu pourrais peut-être me montrer ton appart, j'aimerais bien voir comment c'est disposé ça a l'air sympa.
- Tu me prends pour une débile? [Tu t'es soudainement découvert une vocation de Valérie Damidot?]
- Non mais promis, je veux juste voir et après je repars.
- Oui, bien sûr. [Et la marmotte elle met le chocolat...]
- Promis, je regarde, cinq minutes, et je pars.
- Non.
Et là, il tenta une approche fulgurante aux fins de m'asphyxier de sa face.
Après l'avoir esquivé, je fis rapidement mon code pour rentrer. Il me prit par le bras.
- Non mais on peut parler non?
- [Hum avec ta langue dans mon larynx je crois que ce sera difficile]. Non merci je rentre.
- Allez, je veux juste voir cinq minutes, et après je pars.
- [Cinq minutes? Arrêtes tu me fais rêver là, et si je te file playboy dans l'ascenseur, tu me le fais en deux?]. Allez casse-toi, je rentre.
- Je connais même pas ton prénom!
- Et ben moi non plus, comme ça on est quitte.
Alors que je refermais la porte, il y coinça son pied et tenta de passer sa tête.
Et là je commençais quand même à flipper un chouïa.
Je repoussai finalement vigoureusement son visage, écrasant son pied au passage, pour pouvoir enfin refermer la lourde porte sur l'importun.
Je devrais écouter ma mère parfois quand elle me dit de ne pas parler aux inconnus.

Peut-être que moult belles histoires ne naissent pas à cause de ce manque de courage.
Et puis demander l'heure, c'est tellement surfait.

Une de mes amies s'était faite draguer de façon a priori maladroite, mais que je trouvais fort attendrissante un jour :
- Vous avez du feu?
- Non je ne fûme pas désolée...
- Ouf tant mieux, moi non plus!
C'était une façon pour le moins involontairement détournée, et que je trouvais par conséquent décalée et touchante, d'utiliser cette approche qui avait fait son temps.

D'autant plus qu'aujourd'hui, elle ne peut s'utiliser qu'en extérieur.
Les tendanceurs lui ont d'ailleurs trouvé un nom : le smirting, contraction de smoke et flirting. Car les tendanceurs aiment bien contracter des mots anglo-saxons pour créer une nouvelle tendance. En somme, ils vivent parfois en autarcie d'abstractions absconses. Créer un nouveau mot, ça donne l'impression qu'on a crée un nouveau concept, alors qu'il existait déjà souvent depuis longtemps.

Comme le fooding, contraction de food et feeling, censé caractériser la désacralisation de la gastronomie. A l'Ouest, rien de nouveau. Prenez vos fonds de frigidaires. Tentez une nouvelle recettte improbable à base de restes. Vous faites du fooding. C'est beau, non? Quand vous préparez une salade avec tout ce qui vous tombe sous la main et qui menace de passer la date de péremption quatre jours plus tard, vous le faites de façon décomplexée et créative. Donc vous faite du fooding. Tout de suite, votre tuperware devient beaucoup plus tendance.

Mais je m'égare.
Le smirting, c'est donc le fait de draguer à l'extérieur, puisque l'on doit désormais fumer à l'extérieur des lieux publics. Que l'on pourra éventuellement coupler à la technique du rapprochement vers le radiateur de terrasse, en cas d'hiver un peu rude, et du partage de parapluie, en cas d'automne un peu trop pluvieux (et de fumeurs endurcis).

Après tout, c'est peut-être mieux que ces petits moments restent dans l'éphémère, le passage éclair, pour que l'on puisse les fixer sur ces Polaroïds d'instants de grâce, un peu flous parfois, pris de façon maladroite et mal cadrés, mais sur lequel pourront se fixer nos jolis souvenirs idéalisés.

Je m'apprêtais à descendre les escaliers, et me retournai une dernière fois sur l'inconnu en chemise blanche. Il s'apprêtait à monter les siens, et s'était également retourné. Nous échangeâmes un dernier sourire, mi-gênés, mi-amusés. La nuit était douce et mielleuse.

mardi 28 juillet 2009

Viens, mais ne viens pas quand je serai seule

Une aura blanche illuminait son visage.
Elle les avait tous occis, un par un, méthodiquement, dramatiquement.
Son visage rayonnait à présent une odeur de mort et de solitude.
Dans la pénombre, parmi ce chœur passif et impuissant au fatum implacable, il soutenait le poids de son destin.
Elle porta la fiole à ses lèvres et s'écroula.
Une étoffe pourpre s'abattit sur les planches, plongeant la pièce dans un silence, son silence.

Un battement, puis un deuxième qui lui répondit, et ce fut ensuite une ascension d'applaudissements.
Sur scène, Amélie s'était relevée, épuisée, splendide.

Hadrien absorbé, envoûté, ne la quittait pas du regard.

Il avait hésité, un bouquet à la main, à l'attendre à la sortie de sa loge, puis s'était ravisé.
Elle devait probablement recevoir la visite de nombreux admirateurs de renom. Qu'était-il lui, pauvre anonyme à peine sorti de l'adolescence?

C'était à cause d'elle qu'il avait décidé de suivre des cours de théâtre, parallèlement à ses études.
A elle qu'il comparait toutes ces jeunes comédiennes qu'il jugeait fades et insipides.


Puis il s'était pris au jeu, et le cours du soir était devenu inscription à une école d'art dramatique réputée.
En attendant de monter sa troupe, il avait intégré une compagnie qui l'assignait à des rôles de doux rêveurs ou de maladroits malchanceux.

Alors qu'il commençait à peine à se faire un nom, celui de son égérie se ternissait.
Les marches azuréennes la rejetaient tout autant que les réalisateurs qui s'étaient lassés de son imprévisibilité.

Il est un temps où l'on pardonne tout à ces mandarins de pacotille, pour un nom, pour une affiche, pour une rencontre.
Puis un temps où les caprices ne sont plus que des gémissements d'animal de foire qui se meurt et requiert une dernière attention de l'auditoire.
Des revues critiques elle n'était plus apparue que dans les journaux à scandales, puis enfin dans les faits divers.

On la disait recluse, telle une Pythie destituée que l'on ne croyait plus et qui se repliait dans ses opiums éthyliques et médicamenteux.
Celle qui avait partagé la couche des plus grands, des plus beaux, ne pouvait que contempler désormais la sécheresse de son lit désert.

Ses derniers amants auraient été successivement menacés, agressés et blessés.
Pour autant, aucun d'entre eux n'avait jamais donné de suite à ces rumeurs.

Un soir, les compagnes de planches d'Hadrien l'avaient pris pour un fou, quand, après être resté silencieux à leurs querelles stériles de jeunes saltimbanques, il était parti avec fracas, leur assénant qu'elles ne valaient pas le quart de l'estime qu'elles se portaient, qu'elles n'étaient que des cabotines qui se regardaient jouer et ne savaient pas oublier leur prétendue beauté pour la beauté d'une œuvre. Il était simplement fatigué de les entendre se chamailler pour une réplique plus haute que l'autre, pour une didascalie plus avantageuse.

Il décida de partir approcher cette sorcière que l'on disait retirée de tous.


Il rejoignit l'arrière-pays niçois.
La maison semblait presque abandonnée.
Les volets étaient à demi-rabattus pour empêcher le soleil d'entrer.

La porte était entrouverte. Il frappa. Pas de réponse.
Il n'osait pas la pousser. Alors qu'il hésitait à tourner les talons, une voix rauque l'interpella dans son dos.

- Qui êtes-vous?
- Hadrien Maillot.

Il avait l'impression d'être pris en flagrant délit d'effraction, et aurait pu jurer qu'elle avait une arme pointée sur lui.
En se retournant sur elle, il vit une silhouette en contre-jour de femme tassée, aux cheveux vaguement rabattus en un chignon informe, une large chemise sur les épaules.

- Qu'est-ce que vous voulez?
- Juste vous parler.
- Parler de quoi? De la pluie ou du beau temps? J'ai pas le temps pour ça.
- Je vous admire depuis toujours, accordez moi quelques minutes Amélie...
- Il n'y a pas d'Amélie qui vive ici. Amélie est morte, c'est une vestale enterrée vivante par des gens qui se croient dei ex machina en leur royaume. Cette femme là est partie depuis longtemps.
- Alors vous avez démissionné? Je vous croyais plus forte, au-dessus de ce que le monde de la comédie pensait de vous.
- Ecoute gamin, réveille-toi, t'as quoi, une trentaine d’années? T'as passé l'âge de jouer les groupies éplorées.
- J'ai un rôle pour vous.
- Tu ne doutes de rien. Je ne suis pas une artiste au rabais, y a pas écrit "liquidation totale" sur mon talent.
- Je pourrais vous aider à revenir.
- Je ne veux pas revenir, je n'implore la charité d'aucun auteur, et surtout pas d'un apprenti comédien qui sort d'on ne sait où.
- Mais...


Amélie le saisit soudain à la gorge, le plaquant contre le mur.
- Ecoute, j'en ai mâté des petits merdeux qui voulaient me voir sénilisée, déchue, des farfouilleurs de bourbe qui cherchaient un fossile à exhiber dans leurs torchons. Tu sais ce qu'on dit? On dit que j'ai essayé de tuer certains de mes amants quand ils ont voulu me quitter, que je suis dangereuse et bonne à hospitaliser d'office. Alors tu vas me faire plaisir de quitter ma propriété sur le champ, ou sinon tu auras l'occasion de voir si je suis à la hauteur de ma réputation de vieille folle.

La main vétuste mais néanmoins rigoureuse se desserra, laissant Hadrien reprendre son souffle avec difficulté.

- T'es pas un jeune premier toi. On doit te coller dans les seconds rôles.

Hadrien n'eut pas le temps d'amorcer un semblant de réponse qu'elle continua, comme s'il avait répliqué.

En même temps tu as le physique de l’emploi.

Regarde-toi là, on dirait presque que tu t’excuses d’exister.

Il faut de l’audace pour réussir dans ce milieu.

Tiens, avant de déguerpir, aide-moi à emmener ça dans la cuisine, dit-elle en désignant quatre cageots de fruits et légumes.


La raison aurait voulu qu’il parte immédiatement, la laissant à sa potée et ses confitures, ses chats et ses chemises informes.

Mais il prit les cageots et les rentra dans la cuisine, silencieux.

La paillasse était recouverte de plats, de boîtes à demi ouvertes.


La pièce était sale, un véritable capharnaüm alimentaire.

Probablement le reste de la maison était-il dans le même état.


Dans le couloir, il aperçut des bacs en plastiques dans lesquels s’empilaient des vêtements vraisemblablement bon marché.

La poussière avait envahi les sols, les meubles et jusqu’aux murs tapissés.


- T’es un bon petit.

Ils l’auraient pas fait, les autres.

Aujourd’hui ils se prennent pour des vedettes alors qu’ils ont encore un pied dans le bac à sable, ils se croient des artistes incompris alors que ce ne sont que des rebelles de supermarché, incapables de faire des choix pertinents, incapables d’aligner trois mots correctement.


Et, au fur à mesure, elle se mit à lui parler, de sa vie d’avant, de ces metteurs en scène avec qui elle avait travaillé, de ces artistes qu’elles avaient fréquenté, de ses nuits de doute et de ses nuits de chair qu’elle voilait de pudeur.


Une certaine complicité s’installa alors entre eux.

Il revenait, régulièrement, lui rendre visite.

Il lui racontait sa carrière naissante, cette apparition dans un film à succès, qui lui avait ouvert les portes des cérémonies.


Un jour, elle finit par accepter la proposition qu’il lui avait faite la première fois qu’ils s’étaient rencontrés.


Alors, pour la première fois depuis plusieurs années, elle quitta sa propriété pour revenir à Paris.


Hadrien avait réservé un minuscule théâtre pour faire une première lecture.


Amélie, le bras dans celui d’Hadrien, ralentit à l’approche de l’entrée du théâtre.

Soudain, elle avait peur.
Peur de ne plus être à la hauteur, de décevoir, d’être ridicule, pathétique.

Quand elle entra, le régisseur sembla ému de la rencontrer.

Elle sourit.


Elle descendit les escaliers, et s’arrêta devant la porte qui donnait accès à la salle voûtée.

- J'ai peur.

- Je suis là, avec vous. De quoi avez-vous peur?

- De mes fantômes. Je n’ai pas joué dans cette salle depuis mes débuts. Tous ceux que j’aimais, tous ceux que j’admirais sont partis.

Ses yeux s’embuaient au rythme de ses paroles.


Elle entra finalement, et avança à petit pas vers la scène.

Elle y voyait René, avec qui elle avait été mariée pendant huit ans à ses débuts. Elle le revoyait la reprendre quand elle ne parvenait pas à trouver la bonne intention. Quand, trop fatiguée, elle ne mettait pas l’énergie nécessaire à la réplique.

De sa main, elle caressa la scène, puis pleura.


Elle monta, se retourna, et regarda la salle vide.

Elle repensa à ses premières représentations.

A cette sensation qu’elle avait découverte, de se donner physiquement à une salle.

A cette impression que le public vivait au rythme de sa respiration.

Ce sentiment que pendant une heure trente, elle naviguait sur la mer capricieuse de leurs émotions, tirant sur les fils de leur enthousiasme et de leur trouble comme elle l’aurait fait avec un pantin.

Alors ils n’étaient plus qu’un. Une unique entité dont elle pouvait modeler le ressenti à son gré. A la sortie, ils retrouveraient toute leur individualité et leur sens critique. Mais pendant une centaine de minutes, ils étaient une chimère d’audience docile et malléable à son envie.


Elle commença alors à travailler avec Hadrien.

D’abord timide, il dût lui redonner confiance en elle.

Elle regardait le texte qu’elle avait entre les mains comme s’il s’agissait de la baïonnette instrument de son exécution publique.

Puis, elle s’accapara les mots et retrouva toute sa justesse.

Elle revivait.


Au lendemain de la première représentation, la critique fut unanime, assurant qu’elle était une des dernières grandes figures de la comédie.


La veille, le public s’était levé pour elle et l’avait ovationnée.

Lorsque le rideau était retombé, elle s’était soudain sentie auréolée d’une lueur laiteuse.

René était là. Elle resplendissait.



dimanche 19 juillet 2009

I love rock'n roll, so put another dime in the jukebox baby





Plusieurs groupes ce soir au programme du NME tour, plusieurs groupes qui commencent à faire du tapage nocturne : une bande issue du bloc d'à côté bien décidée to get the party started, menée par un Kele Okereke en garçon propret, petit polo pastel sur le dos, chantant les hélicoptères, les banquets et autres sujets alambiqués, des têtes du futur venues qualifiées de post-punk, des tueurs confirmés par quelqu'un leur ayant dit qu'il avait un petit ami qui ressemblait à une petite amie qu'il avait eu en septembre de l'année précédente et un groupe issu tout droit de Leeds dont le debut album Employment et ses rythmes martiaux commençait à résonner dans toutes les oreilles.







Stade de France, 2009.
U2, 360° tour.
Première partie, mon sang ne fait qu'un tour quand je vois apparaître Ricky Wilson sur scène.
Quatre années avaient passé, et les dimensions de la salle de jeux des Kaiser Chiefs avaient changé, au même titre que leurs comparses de tournée de l'époque, Bloc Party, The Futureheads et les Killers.
Le bassiste a conservé son casque capillaire bouclé et volumineux.

Un sentiment de béatitude s'empare de moi au premier riff de guitare, aux premiers coups de baguettes sur le tom et de marteau sur la grosse caisse.

Devant moi il ne manque rien, tout est là : un chanteur mécheux à l'accent banlieusard, un batteur en tee-shirt rayé noir et blanc, une basse qui me prend le bas du ventre et fait remonter tout le reste de la mélodie jusqu'à mon cerveau enivré.

A cet instant plus rien n'existe que la voix du lead singer et les trépignements des instruments.



Au départ, on se cherche un peu, on laisse son lecteur passer sur différents courants musicaux, ingurgiter des mélodies parfois sans saveur. Et puis un jour, on se rend compte que parmi tous les CD achetés avec notre argent de poche d'adolescent, c'est celui de Queen qui bénéficie d'un pass privilégié de choix dans le Discman. Alors on élargit le champ des possibles. On en prend un peu plus, juste pour essayer, un peu pour faire comme tout le monde, un peu parce que c'est à la mode, alors on commence gentiment, avec de la britpop. Sauf que petit à petit, on s'accoutume, et il n'est bientôt plus possible de passer un journée sans se faire un rail de Fender. Trop tard, il n'est plus possible de décrocher.





Le fait de partir vivre un an Outre-Manche n'améliore en rien les choses, il les amplifie. De la Students' Union au Barfly en passant par les petits clubs indés, on voit le meilleur comme le pire. Mais souvent le meilleur.


Car c'est comme ça, ça relève un peu de l'inexplicable, mais il existe une vibe au UK qu'il n'existe pas ailleurs. Quelque chose qui relève de l'irrationnel. Un don pour rendre la moindre mélodie efficace. Pour transformer le moindre "You can't run, you can't hide" en succès assuré. Car soyons honnêtes, les Beatles ont dû à l'occasion faire se retourner Lord Byron dans sa tombe avec certaines rimes faciles et histoires simplistes.
"Chéri tu peux conduire ma voiture, oui je serai une star, chéri tu peux conduire ma voiture, et peut-être je t'aimerai".
Pour autant, ils restent l'auteurs de petits bijoux du patrimoine mondial de la musique et c'est vers eux que je me tourne naturellement when I need to cheer up a bit. On se sent un peu en sécurité à travers cet héritage mélodique transmis par un paternel qui regrette de ne pas avoir pu avoir la même coupe de cheveux dans les années 60.


Ce sont ces filles qui se pâmaient devant les quatre garçons dans le vent à la moindre apparition, les mêmes que l'ont retrouve débarquer un samedi sur deux sur le boat that rocked.
Car il faut reconnaître au rock cet aspect libidinesque indéniable.
En ce qui me concerne, l'effet est démultiplié quand il s'agit d'un groupe britannique.
Des Who aux Franz Ferdinand, des Stones aux Arctic Monkeys, tout ce qui commence par "The" et vient d'un pool de villes comprenant Londres, Leeds, Liverpool, Sheffield, Glasgow et autres a le don de me faire frémir et oublier tout ce qui m'entoure. En clair, si vous voulez me conquérir facilement, emmenez-moi voir The-Whatever-comes-from-UK-and-rocks et vous aurez de bonnes chances d'arriver à vos fins. Et si vous êtes vous-mêmes un rockeur brit, je donne alors aussi cher de votre peau qu'aux animateurs radios assaillis de groupie en Mer du Nord.





On l'aime provocant et contestataire, glam et pailleté ou en jean déchiré et tee-shirt vintage, théâtral ou minimaliste, à la voix cassée qui se déchire en des sursauts électriques sur la scène de Woodstock, ou voilée en concert acoustique intimiste, on l'aime sur nos tee-shirts et nos badges d'ados attardés, sur les reflets des lunettes de Manoeuvre ou Eudeline, on l'aime quand Alex Kapranos et sa bande font trembler le sol de la Cigale, on l'aime quand il nous excite et quand il nous fait pleurer, quand il fait briller nos yeux en nous raccompagnant de nos soirées, puis nous enserre et nous prend finalement le corps tout entier contre le mur , quand il nous fait danser, trépigner, taper du pied, secouer la tête, les hanches la taille et tout le reste du corps encore et encore, de plus en plus fort, jusqu'à ce que le crescendo nous emmène de plus en plus haut, jusqu'à ce qu'on s'y accroche comme la seule chose qui puisse subsister, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un cri, une note en suspens, une moiteur infernale.

vendredi 17 juillet 2009

We used to be friends : Ladder theory, lemon law and friend zone.



- Do you have condoms here?
- Eeeer... yep... but we're just friends, aren't we?
- Yeah sure... Random question.
- Sure... You know I decided I wouldn't sleep anymore with good friends, it's a new rule. Edict from yesterday. Applies from tonight.
- Don't freak out, I was just wondering.

Lui restait calme, silencieux, à l'autre bout de la table.
Je fixais si intensément le fond de mon verre que je me suis visualisée le fendre façon Superman.
C'était sans doute une des techniques de drague les plus bizarres qu’on m’avait faite.

Il décida ensuite qu'il était un peu fatigué et qu'il allait rentrer.
Le lendemain, quand il m'appela pour qu'on prenne un café, j'eus quelques doutes quant à ses intentions. Finalement, il voulait juste prendre un café.

L'autre jour, en lisant un billet qui élucubrait sur la fameuse théorie de Harry (celui de Sally, pas celui qui fait mumuse avec un balai) - énonçant "Men and women can't be friends because the sex part always gets in the way" - je tombai sur un article traitant de la théorie de l'échelle, théorie américaine traitant de l'interaction entre hommes et femmes, au même titre que la Lemon Law ou que la Friend Zone.

D'abord hallucinée par la façon dont l'auteur voyait les femmes je me pris à cette lecture.
J'ai donc abandonné l'idée de rédiger un billet à ce sujet pour vous soumettre tout simplement le lien vers cette théorie, c'est un peu long, pseudoscientifique, assez cynique, mais pour le moins divertissant, et parfait pour lancer une discussion sur la plage (bien qu'en ce qui me concerne je sois au bureau, mais là j'aimerais croire que je suis à la plage, donc je vous y accompagne) :


Faites le calcul, mesdemoiselles, si vous êtes du genre à avoir beaucoup d’amis, messieurs, si vous êtes du genre à avoir beaucoup d’amies, et enlevez de ces derniers :
- ceux ou celles qui sont en couple,
- ceux ou celles qui sont gays / lesbiennes,
- ceux ou celles qui ont essayé de vous draguer,
- ceux ou celles que vous avez essayé de draguer,
- ceux avec qui vous êtes sorti(e),
A priori, vous devez avoir assez d’une main pour compter ceux ou celles qui restent.
Franchement, chez lequel de vos amis vous verriez-vous débarquer mademoiselle, mal fagotée et démaquillée ? Qui irait vraiment dormir sur le canapé si vous étiez seuls, un soir, avec une bouteille de vin pour vous accompagner ?
Après tout, ce n’est pas parce que vous n’avez aucune attirance envers cet ami qui ne vous plaît aucunement, mais est « teeeellement gentil », qu’il n’en a pas pour vous.

Cette ambiguïté latente et persistante est-elle pour autant vraiment à déplorer ?
Certes, mettre de côté le rapport de séduction est reposant, certes il y a un point de non-retour, certes, la dernière fois que vous avez dit "je préfèrerais qu'on reste amis", vous avez eu l'impression d'avoir commis autant de dégats qu'une bombe de napalm dans son coeur hiroshimisé, mais après tout, la vie est aussi faites de dérapages incontrôlés, et de changements de rapports non maîtrisés!
Bon, allez à l'essentiel, filez lire ce lien, ça vous donnera de quoi débattre autour d'un godet ce soir. Avec votre nouvel ami. Ne flippez pas comme ça, il est en couple.